Les principales productions du pays sont le froment, l'orge, l'opium; les plantes d'automne, sur les plateaux inférieurs, sont le millet, le coton et la betterave; sur les hauts plateaux et dans les vallées, on cultive beaucoup de pois. Dans le Garmsir, les céréales d'été sont le riz et le maïs. Le précieux henné est aussi une source de richesse, spécialement pour Bam et Khabis. On cultive encore les melons, les pastèques, le raisin, les lentilles, les concombres, les choux, les laitues, les oignons, etc. Les pommes de terre commencent à acquérir une certaine popularité. Des fruits de toute espèce croissent avec la plus grande facilité: pommes, poires, abricots, mûres, coins, nectarines, pêches, prunes, cerises, figues, grenades, amandes, avelines, noisettes, noix, pistaches; mais comme on n'en prend aucun soin, ils sont généralement d'une saveur médiocre. Cependant les oranges et les citrons de Khabis et de Bam sont excellents, et les pistaches de la province sont renommées.

Les arbres, qui, presque tous, ne peuvent prospérer que par l'irrigation, sont en petit nombre. Le platane vient au premier rang; puis viennent le peuplier, le saule ordinaire et le saule pleureur, l'orme, l'olivier de Bohême, le cyprès, le pin, l'acacia et l'aubépine à la senteur délicieuse. Les fleurs les plus répandues sont les roses, qui croissent presque à l'état sauvage, et le jasmin. Les semences d'Europe sont fort appréciées, les Persans étant très grands amateurs de floriculture. On emploie beaucoup d'eau de rose, même pour en boire.

En ce qui concerne la faune sauvage, le léopard fréquente les montagnes, mais on le rencontre et on le tue rarement. On peut dire la même chose de l'ours. Les moutons sauvages et les bouquetins m'ont donné l'occasion de plus d'une chasse, et l'on trouve des gazelles dans toutes les plaines. On rencontre occasionnellement des loups, des hyènes, des chacals, des renards, des chats et des ânes sauvages et des sangliers. Le gibier à plume est représenté par des perdrix de diverses espèces, des grouses des sables et des pigeons. Les cailles sont rares, de même que les canards.

Actuellement encore, comme aux premiers temps de la monarchie perse, la province est administrée par un gouverneur général tenu comme responsable de la rentrée des impôts, et obligé de payer au shah un pichkach, ou présent officiel; les ministres reçoivent, eux aussi, quelques gratifications. Grâce à la coutume de donner des salaires aux descendants de presque tous les fonctionnaires et même à chaque khan—on m'a parlé d'un fonctionnaire recevant 172 salaires pour lui-même et pour ses parents,—il arrive que tout le revenu de la province, qui monte, abstraction faite du pichkach et du bénéfice du gouverneur, etc., à 315 000 tonneaux, soit 1 575 000 francs, est dépensé sur les lieux mêmes.

Pour maintenir l'ordre dans la province, il y a deux régiments d'infanterie, dont quatre compagnies environ sont toujours sous les armes. Il y a aussi une poignée d'artilleurs, avec quelques batteries de campagne. Le Bam et le Narmachir ont ensemble un régiment, dont une moitié est en garnison au Baloutchistan. Les soldats ont, en général, bonne façon, et sont durs à la fatigue. Mais leur matériel est défectueux, tandis que les brigands possèdent généralement des fusils Martini.

D'après Hérodote, les Kermanii formaient une des douze tribus de la Perse, et la province de Kirman faisait partie de la quatorzième satrapie. Strabon la décrit comme très fertile. Ainsi que nous le verrons tout à l'heure, elle fut traversée de l'est à l'ouest par Alexandre. Je n'ai trouvé aucune mention de Kirman à l'époque des Parthes, mais la province devint fameuse lorsque, après la conquête du Fars, elle fut prise par Ardechis, fils de Papak, fondateur de la dynastie nationale des Sassanides, qui dura jusqu'à la conquête arabe. Pendant le règne de cette dynastie, la province, éloignée des frontières de l'ouest et du nord, jouit d'une paix complète.

À l'époque où la secte nestorienne se propagea en Perse, Kirman devint un diocèse dépendant du métropolitain de Fars. Chose curieuse, la Perse était à ce point identifiée avec le christianisme, qu'en Chine, un décret de l'empereur I-ouen-tsoung parle des églises comme de «temples persans».

UNE AVENUE DANS LA PARTIE OUEST DE KIRMAN.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.