Vers 1450, Djahan-Chah, fils de Kara-Yousouf, et le membre le plus fameux de la dynastie turkomane des Kara Koinlou ou Moutons Noirs, envahit l'Iran, conquit Ispahan et ordonna un massacre général. Il envoya son fils Abd-oul-Kasim à Kirman, qui capitula sans résistance. L'autorité de ce gouverneur fut bientôt si solidement établie, qu'il fut capable de rejoindre son père, occupé à conquérir Hérat. Mais les Moutons Noirs furent à leur tour vaincus par les Moutons Blancs, et le Kirman fut donné au fils du chef victorieux de cette dynastie, Onzoun-Hassan. En 1470, la province de Kain fut réunie à celle de Kirman; en 1473, toutes deux furent réunies au Fars, sous le gouvernement de Chah-Kalil.
Plus tard, et après la fondation, au commencement du XVIe siècle, de la grande dynastie des Sefair, la province de Kirman n'a plus d'histoire, et il est inutile de donner ici la liste de ses gouverneurs.
Lors de l'invasion de la Perse par l'Afghan Mahmoud, la ville de Kirman fut vainement assiégée une première fois par les envahisseurs; mais, une seconde fois, en 1720, elle dut capituler. Lorsque, peu de temps après, en 1735, Nadis-Chah, le dernier grand conquérant asiatique, eut envahi à son tour l'Afghanistan, il fut accompagné par un détachement de Kirmanis, que commandait Iman Verdi Beg, et dans lequel étaient représentés les sectateurs de Zoroastre.
Durant l'anarchie qui suivit son assassinat, en 1747, il semble que les Afghans pillèrent de nouveau Kirman et détruisirent le quartier de Zoroastre, imparfaitement protégé par un mur à demi construit. Après quoi, Chahrouk-Khan s'empara de la province. En 1758, il fut assassiné par Mourah-Khan.
En 1793, Louth-Ali-Khan s'étant réfugié dans la ville, y fut assiégé par Afgha-Mohammed. Sa position étant désespérée, il jeta une planche sur les fossés et s'échappa à Bam. Là, il fut trahi par son hôte, aveuglé et finalement mis à mort. La ville dut subir des horreurs dont elle ne se relèvera pas avant un siècle encore. 20 000 femmes et enfants furent emmenés en esclavage, et le brutal vainqueur compta 70 000 yeux qu'on lui avait apportés. «Si un seul avait manqué, j'aurais pris les vôtres», dit-il à ses ministres. Pendant de longues années, Kirman ne fut plus qu'une ville désolée, peuplée d'aveugles. Elle fut gouvernée d'abord par Mohamed Taki, puis par Ibrahim Khan qui, pendant les vingt années de son administration, rendit quelque prospérité à la province épuisée; il reconstruisit la ville à l'ouest de son site primitif, creusa des kanats et fonda des villages.
Agha-Khan, nommé gouverneur en 1839, est connu par une rébellion qui dura trois ans. Le dernier des grands gouverneurs du Kirman est Mohamed-Ismaïl-Khan (1860-1869). La province lui doit un renouveau de prospérité; il construisit la plupart des caravansérails actuellement existants, les bazars de Kirman et de nombreux villages. Le gouverneur actuel est Mirza-Mahmoud-Khan, Ala-oul-Moulk, qui fut ambassadeur à Constantinople, et qui doit trouver que Kirman est bien loin du reste du monde.
LA PLUS ANCIENNE MOSQUÉE DE KIRMAN EST CELLE DITE MASDJID-I-MALIK (page [321]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
En octobre 1894, on me donna la mission de créer un consulat à Kirman et dans le Baloutchistan persan. Je l'acceptai avec plaisir, bien que pécuniairement le profit en fût maigre, et je m'y rendis accompagné de ma sœur, qui a publié ses impressions de voyage et de séjour dans son ouvrage intitulé Through Persia on a Side Saddle. Nous nous rendîmes à notre poste par Enzeli, Téhéran, où nous demeurâmes quelque temps, Koum, Kachan, Yezd, Bahramabad.