À 4 milles de Kirman, un général vint me souhaiter la bienvenue et m'offrir le thé sous la tente. Les environs de la ville comptent d'ailleurs quelques maisons de thé. À ma grande surprise, je vis arriver un cheval microscopique, couvert de velours éclatant et harnaché d'or. C'est sur cette monture que je devais faire mon entrée en ville. Le Sahib Divan l'avait envoyé tout exprès pour moi. Je pus heureusement me débarrasser de cette pénible obligation en alléguant que étant revêtu de mon uniforme, j'étais obligé de me servir d'une selle militaire, et que ma selle évidemment n'irait pas à un poney d'aussi petites dimensions.

MEMBRES DES CHEIKHIS, SECTE QUI EN COMPTE 7 000 DANS LA PROVINCE DE KIRMAN (page [322]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Lorsque nous nous fûmes entendus sur ces préliminaires, nous nous mîmes en marche vers la ville, avec une lenteur désespérante, précédés d'une troupe d'environ deux cents cavaliers et de nombreux chevaux tenus en laisse. Les commerçants hindous et la communauté zoroastrienne nous souhaitèrent la bienvenue en chemin. À la porte occidentale, une fanfare sonna, et une centaine de faraches et de porteurs de masses se joignirent au cortège, qui passa lentement le long des étroits bazars, dans lesquels tout trafic était suspendu.

LA MASDJID DJAMI CONSTRUITE EN 1349, UNE DES QUATRE-VINGT-DIX MOSQUÉES DE KIRMAN (page [322]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Le jardin qui avait été loué pour le consulat était à un mille au delà des remparts; mais, avec le temps, nous finîmes par l'atteindre. On nous poussa dans les escaliers pour nous offrir une seconde fois du thé. Après quoi, à mon grand soulagement, ceux qui avaient participé à l'istikbal, ou réception, s'en allèrent.

La capitale de la province de Kirman a été, dès l'aurore de l'histoire, un centre important, mais il est certain que l'ancienne Karmana n'occupait pas le même emplacement que la ville d'aujourd'hui. Kirman, qui s'appela d'abord la «cité de Bardchii», fut fondé, d'après Afzal-Kermani, par Ardechir, fils de Babak. Abou-Ali-Mohammed ibn Ilias en fit la capitale de la province, à la place de Sirjan. Son but était évidemment de s'établir aussi loin que possible de la trop puissante famille des Deilami, dans la province de Fars.