BALOUTCHES DU DISTRICT DE SARHAD.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Une marche très rude nous mena jusqu'à la rivière de Fanoch, ou Rapch. De là, nous arrivâmes à Fanoch, par un chemin unique en son genre. Contournant le lit de la rivière, qui coule entre des falaises appartenant au beau massif du Band-i-Linag, ou chaîne Bleue, nous passâmes d'abord devant un superbe rocher rouge sang, au pied duquel est un étang profond; on l'appelle le Giri. Plus loin, les blocs de rochers, dont quelques-uns pesaient des centaines de tonnes, étaient des plus splendides, variant du blanc éclatant au noir de jais; mais le chemin était tuant, et nous dûmes y traîner nos chevaux. Ce fut donc avec une grande satisfaction que nous atteignîmes le sommet de la gorge, et que nous vîmes, à un mille en amont, les dattiers de Fanoch.

Nous fûmes reçus très amicalement dans cet endroit, dont les fils de Chakar Khan étaient gouverneurs. Ils exprimèrent un immense plaisir à voir nos fusils.

Désireux de connaître un peu le pays inexploré qui s'étend à l'ouest, nous montâmes au Kouh-i-Fanoch, ascension laborieuse, qui nous prit quatre heures. Les 150 derniers mètres sont formés par un rocher de calcaire blanc, presque perpendiculaire. Du sommet, nous pûmes aisément remonter jusqu'à leurs sources les cinq rivières séparées qui forment le Fanoch. Nous jouîmes en même temps d'un panorama superbe, qui nous donna ce que nous désirions si vivement, une idée du niveau du pays. À l'ouest, la vue était en partie bornée par de hautes montagnes; mais au nord, nous eûmes un coup d'œil sur le magnifique Kouh-i-Bazman, qui s'élève solitaire jusqu'à 2 700 mètres au-dessus de la plaine (3 400 au-dessus de la mer). À l'est, s'étendaient le massif d'Azabad et le district de Lachar, que nous allions bientôt explorer.

Fanoch, où nous nous reposâmes un jour, pour «manger» notre fatigue, comme disent les Persans, a un aspect beaucoup plus prospère que Geh, plusieurs de ses maisons étant construites en pierre. Il s'y trouve un fort, qui paraît être de grande antiquité; mais, comme c'est le cas ordinaire dans le Baloutchistan, nous ne pûmes avoir aucun renseignement sur son histoire. Les moutons, les volailles, les œufs, le lait, l'orge, le riz et le froment sont en abondance, et les dattes sont fameuses dans tout le Baloutchistan; mais le seul article manufacturé consiste en petites casquettes brodées de soie rouge. Je demandai si Fanoch se trouvait dans le Makran. On me répondit que la frontière est formée par la ligne de faite du Band-i-Linag, au nord de laquelle se trouve la ville: le Bachkird, à l'ouest, n'est pas considéré comme faisant partie du Baloutchistan.

Nous repartîmes par le même chemin par lequel nous étions venus; mais, au delà de Sartab, nous prîmes une direction plus septentrionale, traversant le Sisha à Tehan, village prospère, d'un millier d'habitants.

Revenus à Geh, nous trouvâmes nos compagnons bien reposés. Deux jours après notre retour, comme nous nous préparions à partir pour Fahradj, nous fûmes agréablement surpris par l'arrivée de deux Baloutches, que le gouverneur du Baloutchistan persan avait envoyés pour nous servir de guides: c'étaient Mir-khan-Mohammed, d'Aptar, et Moulla-Bachan.

Nous dûmes encore retourner sur nos pas jusqu'à Ichan, d'où nous suivîmes d'abord le cours d'un affluent du Sirha. Puis nous arrivâmes au fleuve principal, sur le bord duquel il y avait quelques petits lambeaux de culture. Nous campâmes dans le lit même de la rivière, et, le jour suivant, nous trouvâmes la plus affreuse route que j'aie encore jamais vue; en comparaison, les kotals de Bouchi sont des chaussées métalliques. Un mille en amont, la gorge se rétrécissait jusqu'à n'avoir plus que 30 mètres environ de largeur, et nous rencontrions des degrés rocheux, en bas desquels la rivière tombait en cascade. Plus loin, un autre agrément, c'étaient des blocs de rochers de toutes dimensions, de celles d'un omnibus à celles d'une balle de foot-ball. Après quoi vint une mare profonde, qui remplissait toute la largeur de la vallée. Au-dessus, un sentier de chèvres, où il nous parut impossible que nos bêtes chargées pussent monter. Cependant, à ma grande surprise, il n'y eut pas d'accidents.