Le lendemain, nous dirigeant vers la rivière de Bampour, nous atteignions le village de Kasimabad, dont les habitants sont appelés Darzada, nom qui semble indiquer un croisement négro-baloutche. Ils sont attachés à la glèbe: nominalement, ils reçoivent un tiers de la récolte; mais, en fait, il semble qu'ils n'aient que juste de quoi se nourrir.

Ayant traversé la rivière à un gué que les sables mouvants rendaient dangereux, nous atteignîmes Bampour. Cette ancienne capitale du Baloutchistan ne consiste plus qu'en deux centaines de huttes sordides; le fort était presque abandonné, le bois de dattiers réduit presque à rien, et il nous fallut camper sur un tas d'ordures, qui avait dû autrefois être un jardin.

Zein ul-Abidin Khan, le gouverneur ou asad-u-Dola, m'avait écrit qu'il m'attendait à Fahradj, qui se trouve à 4 milles de distance, et qui est beaucoup plus importante, ayant environ deux mille âmes, y compris le garnison. Zein ul-Abidin Khan nous reçut sans trop d'empressement; notre curiosité lui semblait suspecte, comme à beaucoup d'Orientaux; mais, après quelques difficultés, nous finîmes par devenir bons amis.

Comme le Farman Farma ne nous annonçait son arrivée que pour janvier, nous profitâmes du mois que nous avions devant nous pour explorer le district de Sarhad, en partie encore presque inconnu.

Ayant loué un nombre suffisant de chameaux, nous partîmes le 1er décembre. Notre première étape fut Aptar. Nous remontâmes ensuite la vallée du Konar Rud. C'est une région assez agréable; à de fréquents intervalles, des sources jaillissent dans le lit de la rivière, au milieu des hautes herbes. À Soran, nous fûmes retenus quelques jours par une attaque de dysenterie de Brazier Creagh.

Quelques jours après que nous nous fûmes remis en marche, je fis avec deux chameliers l'ascension du Hamant, afin de bien reconnaître le pays. Le Hamant est une montagne de 2 320 mètres, qu'on a, à tort, qualifiée de volcan. C'est une simple crête en dents de scie. La montée fut pénible, et la descente le fut plus encore. Du sommet, nous pûmes voir le district inexploré du Sud, qui apparaissait simplement comme un monotone réseau de montagnes basses; mais, dans toutes les autres directions, le panorama était magnifique, bien qu'à notre regret nous ne pussions voir le grand volcan de Sahrad.

Le surlendemain, nous franchissions, à 1 680 mètres d'altitude, le col de Sar-i-Sabra, qui forme faîte de partage des eaux entre les rivières de Bampour et de Mechkil. Puis nous descendions au village de Magaz, qui a 2 000 habitants environ, et le meilleur climat de tout le Baloutchistan, et, prenant la direction du nord, nous avions un premier coup d'œil sur le volcan du Kouh-i-Taftan, qui, de la distance d'une centaine de milles où nous le voyions, ressemblait à un cône blanc.

Deux jours après, nous entrions dans le district de Sarhad, qui se révéla à nos yeux, du col d'où nous le vîmes pour la première fois, comme une immense étendue de chaînes nues, sans un village, sans même une tente de nomades. Encore deux jours, et nous étions au fort de Kivach, capitale actuelle de la région, à 1 350 mètres d'altitude. Le nom de kivach, qui se lit wacht, signifie «doux» et s'applique à la source d'eau douce, qui jaillit là à 21 degrés. Le fort, où vit une garnison de quatre cent cinquante soldats environ, infanterie et cavalerie, forme toute la capitale avec quelques tentes noires. Il n'y a aucune culture aux alentours.

Cet abandon, comme celui de tout le district, est regrettable. Le Sarhad est la seule région, entre Quetta et la province de Kirman, qui puisse être considérée comme fraîche. Il a été plus peuplé jadis, ainsi qu'en témoignent les restes de kanats qui abondent, et l'on peut espérer qu'au lieu de ne rester habité, comme aujourd'hui, que par quelques milliers de familles nomades, il deviendra un lieu de passage important entre Quetta et la Perse méridionale.

De Kivach, malgré les tentatives de mon hôte pour me dissuader de mon projet, je voulus faire l'ascension du Kouh-i-Taftan. Au bout de deux jours, nous campions, à près de 2 000 mètres d'altitude, au petit hameau de Ouaradji, et, le lendemain, je grimpais au sommet, malheureusement sans Brazier Creagh, qui souffrait d'un ulcère au pied. Les dernières heures de l'ascension furent raides et difficiles: il fallut d'abord escalader de gros blocs de rochers, puis enfoncer, pendant les trois cents derniers mètres, dans une couche épaisse de cendre blanche qui, vue de loin, a fait croire que la montagne était couverte de neiges persistantes. Nous n'atteignîmes le sommet qu'à deux heures de l'après-midi, après huit heures de grimpade presque continue. Le Kouh-i-Taftan se termine par deux cimes: celle du nord, la plus haute, est connue sous le nom de Ziarat-Kouh, ou «mont du Pèlerinage»; celle du sud, appelée Mallar-Kouh, ou «montagne Mère» étant le volcan que nous désirions visiter.