C'EST À KOUAK QUE LES COMMISSAIRES ANGLAIS ET PERSANS S'ÉTAIENT DONNÉ RENDEZ-VOUS (page [341]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

À Isfandak, nous trouvâmes un charmant bois de dattiers, une rivière d'eau cristalline, mais point d'habitants. Le chef du village s'était senti mal à l'aise à l'idée de rencontrer l'Asad-u-Dola, car il avait été mêlé à divers pillages et à d'autres forfaits. En conséquence, lui et ses villageois bivouaquaient dans la montagne, attendant les événements, et, sans doute, accusant la Commission d'être la cause de leur exil.

Nous étions maintenant sur la rive gauche de la rivière Mechked ou Mechkil (c'est la prononciation baloutche). On reconnaît, à son large lit et à ses bords escarpés, que ce fut autrefois un puissant cours d'eau, tandis qu'aujourd'hui, même à l'époque des crues, on le passe facilement à gué après le premier flot. Cependant ce proverbe doit avoir eu sa raison d'être: «Qui s'arrête dans le Mechked pour attacher la courroie de ses souliers est perdu.» Les eaux de la rivière sont bues par le désert, à l'est de Djalsk, et entretiennent en partie des bosquets de dattiers.

Nous n'étions plus qu'à deux étapes de notre corps principal; un messager venait, en effet, de nous annoncer que la Commission britannique était arrivée. Nous fîmes halte au bord d'une mare qui s'étendait dans le lit de la rivière, puis nous dépassâmes Kouak, nous vîmes briller des lumières symétriquement disposées, et enfin nous pûmes serrer la main de compatriotes, après un voyage de près de 1 000 kilomètres, accompli principalement à travers des déserts, dans des conditions de confort très restreintes, ce qui constitue presque un record pour une dame marchant avec une caravane.

Il peut être utile de donner ici quelques détails sur la Commission des frontières perso-baloutches, ou, comme l'Ikticham-u-Nizara la qualifiait plus exactement, sur la Commission perso-kelat.

LE SANCTUAIRE DE MAHOUN, NOTRE PREMIÈRE ÉTAPE SUR LA ROUTE DE KOUAK (page [337]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Il y a plus de trente ans, lorsqu'il était question d'une ligne télégraphique allant aux Indes par le continent, ce pays perdu fut exploré par sir Frederic Goldsmid, et le résultat final de son enquête fut le tracé d'une ligne-frontière de Kouak à l'océan. Kouak, considérée comme une puissante forteresse, était, à cette époque, indépendante et le resta; au nord jusqu'au Seistan, le pays était inexploré, et de souveraineté douteuse; on ne fit donc aucune démarche pour fixer la frontière. La Perse avait la chance, à cette époque, d'avoir un excellent gouverneur, dans la personne d'Ibrahim Khan. Il fit de son mieux pour qu'on s'abstînt de tracer une frontière; mais, n'ayant pas réussi, il s'empara de Kouak aussitôt que le commissaire anglais fut parti. Cet acte ne fut pas reconnu par notre ministère des Affaires étrangères; mais comme, pendant dix ans encore, nous ne prîmes qu'un faible intérêt à notre protectorat sur Kelat, les affaires restèrent en l'état.