NOUS CAMPÂMES À FAHRADJ, SUR LA ROUTE DE KOUAK, DANS UNE PALMERAIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Un voyageur déclare que Bam ressemble à une ville indienne. C'est là une remarque que je n'ai point faite. Peut-être, il y a trente ans, époque de ce voyage, ne voyait-on pas de palmiers, et cette impression s'expliquerait ainsi. Par invitation spéciale, nous visitâmes le fameux fort, et nous constatâmes que l'ancienne ville était encore debout, entourée d'une haute muraille et d'un fossé. Par trois passages et une plate-forme, nous gagnâmes le sommet de la forteresse, qui est la résidence du gouverneur. De là-haut, on jouit d'une vue merveilleuse. Derrière nous, nos regards étaient attirés par le Kouh-i-Hazar, avec son manteau de neige fraîchement tombée, et, de chaque côté de la vallée, les montagnes se détachaient sur le ciel de turquoise. Au sud, la chaîne du Chah-Soouaran n'était pas moins brillante. Au-dessous de nous s'élevaient les bouquets de dattiers de Bam, et nous pouvions suivre la rivière de Bam vers le nord-est: nous voyions aussi indistinctement les taches vertes du Narmachir.
À 4 milles de Bam, une raide descente nous amena entre les deux hameaux qui composent le village de Bora, dont le nom est, dit-on, une corruption de Beravat. Il a une population de 5 000 habitants, et exporte annuellement 120 000 livres de henné, outre des grains et des dattes. Ce n'est pas, d'ailleurs, son seul titre à la réputation. On raconte que, dans le voisinage, il existe une tribu d'hommes à queues: il y en avait deux autrefois, les Dumdar et les Nartigi; ces derniers subsistent seuls. Mes lecteurs ignorent peut-être que, nous autres Anglais, nous fûmes considérés autrefois comme dotés de cet appendice caudal; de la même façon, tous les jeunes garçons chiites sont convaincus que les Sunnites jouissent d'un avantage semblable.
À Vakilabad, où nous arrivâmes en longeant un joli cours d'eau ombragé, nous avions atteint le district de Narmachir: ce mot est peut-être la corruption de Wariman-Chahs, ou la ville de Wariman, arrière-grand-père de Rustem. Avec ses gracieux tamaris et mimosas, le pays semble une tranche détachée du Sind et est beaucoup plus chaud que le district de Bam. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, il était en la possession des Afghans, et ce n'est qu'aujourd'hui qu'il retrouve quelque prospérité.
Après Vakilabad, nous traversâmes un pays bien arrosé et couvert d'arbres véritables, puis une jungle immense, d'où nous sortîmes soudain pour entrer dans le désert; après quoi nous retrouvâmes la jungle, au milieu de laquelle se trouve le village de Rigan. Il fait quelque figure sur la carte, mais il ne consiste en réalité qu'en un fort en pisé, occupé par une garnison de dix soldats, et sa population ne dépasse pas deux cents âmes. À Rigan, nous trouvâmes un message désespéré du commissaire persan, que nous avions presque rattrapé, et qui nous suppliait de ralentir notre marche. Nous n'en tînmes aucun compte.
Entre nous et Bampour s'étendaient 250 kilomètres du désert de Lout. Mais comme une pluie abondante était tombée les deux jours précédents, nous eûmes plus d'eau et de meilleure que ce n'est le cas pour les voyageurs, en général, et nous fîmes cette traversée en neuf jours, presque sans accroc.
À Gazak, aux deux tiers du chemin environ, nous fûmes surpris de voir quelques tentes nomades et un bouquet de palmiers. Finalement, nous atteignîmes la rivière de Bampour à Kouchgardan où j'avais déjà passé. Là nous rencontrâmes un détachement de chameliers armés, et j'ai rarement vu troupe d'aspect plus sauvage et plus irrégulière. Protégés par cette escorte et par notre cavalerie de petits poneys, nous atteignîmes Bampour, et, de là, Fahradj. À cet endroit, nous fûmes reçus avec grande cérémonie; la garnison faisait la haie le long de la route, et la musique jouait l'air national. Le commissaire persan arriva peu après.
Nous louâmes ici trente chameaux baloutches, et il fut convenu que je prendrais une avance d'un jour, pour être présent à la frontière quand arriveraient les Persans. Les jours commençaient à être très chauds. À Soran, un message du colonel Holdich m'apprit qu'il s'approchait du Pandjgour et qu'il espérait atteindre la frontière au milieu de février.