OASIS DE DJALSK: DES ÉDIFICES EN BRIQUES ABRITENT LES TOMBES D'UNE RACE DE CHEFS DISPARUS (page [342]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À Nagha Kelat, où nous restâmes deux jours, pour laisser reposer nos chameaux, nous mîmes ce temps à profit pour voir les ruines immenses qui s'y trouvent. Les plus intéressantes étaient celles des grands réservoirs appelés, dans le Baloutchistan, gorbasta. Après cette halte, nous arrivâmes bientôt dans le haut pays baloutche. Là, les terres plates n'étaient qu'une masse de fleurs, et, grâce à la plus grande altitude, il n'était plus nécessaire de marcher de nuit.
Vers la fin d'avril, nous atteignîmes Kelat, capitale du Baloutchistan, qui se trouve à l'altitude considérable de 2 100 mètres. Un des grands souverains de cette province fut Nasir Khan, qui accompagna Nadir Chah à Delhi. En revenant à Kelat, il trouva que les procédés tyranniques de son frère avaient ruiné le pays, et que les Hindous avaient fui en masse, pour sauver leurs biens; Nasir Khan tua son frère, Hadji Mohammed Khan, et reçut de Nadir Chah, qui évidemment approuvait ses actes, le titre de Beglerbagi. En quelques années, il ramena la prospérité dans le Baloutchistan, et l'on rapporte que de Pandjgour à Kasarkand tous les chefs se soumirent à lui et lui payèrent tribut.
INDIGÈNES DE L'OASIS DE PANDJGOUR À L'EST DE KOUAK (page [345])—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Quand Nadir Chah eut été assassiné, il s'opposa à Ahmed Chah, et d'abord avec succès. Mais il fut ensuite défait et forcé de se retirer à Kelat, où il fut de nouveau battu.
Après que deux assauts eurent été repoussés, la paix fut conclue, et Nasir Khan s'engagea à fournir des troupes dès qu'on l'exigerait. En échange, on le dispensa de payer le tribut.
Peu de temps après, il vint en aide à Ahmed Chah contre la Perse, et se mit à la tête de ses Baloutches, dans une charge désespérée qui décida du sort d'une bataille livrée près de Mechhed. Une autre fois, à Tabas, il tailla en pièces l'armée persane dans une embuscade qu'il avait préparée. Il revint chez lui en triomphe, son royaume s'étendit jusqu'à Karatchi, et le Baloutchistan entra dans une période de prospérité qu'il ne devait pas retrouver plus tard.
Kelat a une population de près de 50 000 habitants, qui varie, il est vrai, selon les saisons: au milieu de l'hiver, la ville est à peu près déserte. Ses bazars sont très médiocres, et l'on voit, de toutes façons, que le peuple qui habite ici est très inférieur aux Persans dans les arts de la civilisation. À ce qu'on m'apprit, sa forteresse est principalement l'œuvre de Nadir Chah. À l'époque de sa construction, elle doit avoir été imprenable.