Il semble que ce soit aux Baloutches que nous devions le jeu, aujourd'hui populaire, du tent-pegging, dans lequel un cavalier, lancé au galop, doit enlever d'un coup de lance un piquet planté en terre. Ce jeu est mentionné dans le voyage de Pottinger.

Nasir Khan mourut en 1795, et ce fut pendant le règne de son successeur que Pottinger visita le pays. Son successeur, Mahmoud Khan, était un ivrogne. Il mourut en 1819, et fut remplacé par son fils Mehrab Khan, sous le règne duquel le pays de Kelat entra en contact avec le Gouvernement de l'Inde.

En 1838, lors de la première guerre d'Afghanistan, des officiers britanniques furent envoyés à Kelat, afin d'assurer la coopération du Khan, dont les territoires furent traversés dans la marche sur Kandahar. On eut quelques soupçons de trahison, et, en novembre 1839, une force britannique attaqua et prit d'assaut Kelat. Mehrab Khan fut tué, et les papiers qu'on découvrit sur lui montrèrent qu'il était innocent de toute déloyauté, mais qu'il était victime d'une intrigue. Son successeur fut assassiné, quelques années plus tard, en même temps que le représentant britannique, et l'on nomma chef un second Nasir Khan, qui fut remplacé, en 1857, par Mir-Khoudahad Khan.

Sa carrière fut assez traversée. Pendant vingt ans, il fut en guerre avec ses sardars. En 1877, le Gouvernement britannique fit l'achat de Quetta, et, dans la guerre afghane qui suivit, Khoudahad rendit des services avec ses milices. Plus tard ses actes provoquèrent du mécontentement; comme il avait tué le vizir et sa famille d'une manière assez atroce, il fut déposé, et les troupes britanniques occupèrent de nouveau Kelat.

À cette occasion, le trésor immense qui fut saisi fut placé à intérêt, et il est dépensé aujourd'hui pour toutes sortes d'améliorations. La confiscation de ces caisses de roupies fit grand bruit en Perse, à cette époque, et le Khan fut vivement plaint. Cette histoire me rappelle un Arménien, qui se trouvait dans un consulat à l'époque des massacres; il avait entendu, sans émotion apparente, raconter que ses parents et amis avaient été massacrés. Un peu plus tard, d'autres messages lui apprirent que le pacha avait saisi tout l'argent d'une des victimes, et c'est alors, mais seulement alors, que mon ami s'arracha les cheveux et se lamenta sur les calamités qui avaient frappé sa nation.

Le fils de Khoudahad Khan, Mahmoud Khan, fut nommé pour lui succéder. Il est maintenant khan de Kelat et beglerbegi du Baloutchistan.

Je reprends mon récit. Nous franchîmes un passage peu élevé dans les montagnes, et nous arrivâmes en vue d'un fort, pittoresquement situé, où les commissaires britanniques furent rejoints par le frère du Khan et par quelques lanciers, récemment levés. Notre bivouac fut établi près des bâtiments, d'aspect misérable, où réside l'agent politique; mais nous n'avions pas de raisons de murmurer, car le jardin nous fournit les premiers légumes que nous eussions goûtés depuis Djalsk, où nous avions savouré un unique plat de lentilles. Nous étions de nouveau sur la ligne du télégraphe, que nous avions quittée à Kharan, et deux étapes plus loin, par delà la délicieuse vallée de Mastang, nous atteignîmes la route de Kelat, en construction alors, et qui n'a jamais été terminée.

À notre dernier campement, nous pûmes voir le chemin de fer, presque complètement achevé, du passage de Bolan. Nos domestiques persans, pour faire étalage de leurs connaissances, vinrent nous dire ce que c'était. Nos chevaux se reposèrent sans plaisir dans ces cantonnements, et prirent presque le mors aux dents en voyant d'abord un wagonnet, puis la gare. Quant à nous, nous étions enchantés de ces vertes avenues, et quand nous eûmes enfin atteint l'agence de Quetta, nous nous sentîmes enclins à nous écrier, comme Sadi à Chiraz: «Ceci est vraiment le paradis!»

L'aimable accueil de sir James Brown, sa jolie maison d'aspect britannique, et toute pleine d'un luxe inaccoutumé, terminèrent dignement ce voyage très réussi; et ma sœur put justement réclamer ce titre, d'avoir été la première femme qui soit allée à cheval de la Caspienne aux Indes, sur une distance de plus de 3 000 kilomètres.

(À suivre.) Adapté de l'anglais par H. Jacottet.