PARSI DE YEZD.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Une nouvelle campagne de délimitation était nécessaire pour compléter l'œuvre de la Commission anglo-persane, entre l'Afghanistan, le Baloutchistan et la Perse. Le 2 janvier 1899, nous étions arrivés à Robat-Kélat, tout près de l'angle sud-ouest de l'Afghanistan, et nous allions entrer dans le Seistan. Sans recommencer le récit des travaux de délimitation, je désire faire connaître un peu la géographie de ce pays si mal étudié jusqu'à présent.
Dans le Chah-Nanieh, le Seistan est la patrie de la fameuse famille de guerriers qui assit la dynastie keianienne sur le trône de Perse. Son rejeton le plus brillant fut Rustem, dont les actions incomparables forment le sujet de la grande épopée de Firdousi, et qui est aujourd'hui encore, comme il y a mille ans, le héros national de la Perse. Tout ce qu'on ne comprend pas lui est attribué; ainsi, par exemple, les sculptures sassanides sur les rochers, à Persépolis.
À cette époque, le nom de Sagistan (c'était la forme de Seistan) désignait le bas pays à l'ouest de Kandahar, le haut pays étant appelé le Zaboulistan. Si l'on remonte à l'ancienne histoire de la Perse, on trouve que les Sarangiens, mentionnés par Hérodote comme appartenant à la 14e satrapie, occupaient le Seistan sous le règne de Darius. Les historiens grecs, qui racontèrent les conquêtes d'Alexandre le Grand, donnèrent le nom de Drangiane à ce qui est maintenant, en gros, l'Afghanistan méridional. Le conquérant la traversa dans sa marche sur la Bactriane, et son lieutenant Krateros y passa à son tour, en allant de Karatchi en Karamanie. Mais le plus ancien voyageur qui ait visité et décrit ces provinces, bien que très brièvement, est Isidore de Charax.
Le temps des dynasties des Parthes et des Sassanides n'est marqué dans la province par aucun événement notable, mais les conquérants arabes sont peut-être responsables—ceci n'est pourtant qu'une conjecture—de la destruction finale des très anciennes cités de Keikobad et de Garchap, et de la fondation de villes arabes à leur place.
Ce fut du Seistan que la dynastie Saffar sortit pour conquérir un empire. La contrée est décrite par le grand voyageur Istakhri, qui donne une description détaillée du Zaranj ou Zirra, province très forte à cette époque.
En 1362, celui qui devait être le célèbre Timour envahit la province en fugitif et s'empara de nombreux villages, mais il fut finalement battu et dut se retirer sur le Makran. C'est dans cette campagne qu'il reçut la blessure au pied qui lui valut le surnom de lang ou «le boiteux», Timour-Lang, Tamerlan. Il reparut, vingt et un ans plus tard, mais en conquérant et en massacreur, et s'empara du Zirra, puis de Zalidan, alors probablement la capitale de la province: la garnison tout entière de la ville fut passée au fil de l'épée, et ses ruines livrées aux chacals, qui l'habitent encore aujourd'hui. Pour compléter la catastrophe, le grand barrage, alors connu sous le nom de Band-i-Rustem, fut détruit par Timour, ou, si l'on accepte la légende locale, par son fils Chah-Roukh.
Cette destruction changea totalement les conditions matérielles de la province. Le Seistan, c'est-à-dire, en somme, le lac et le delta formés par le Helmand et d'autres rivières, était, à une époque très ancienne, un vaste lac. Les alluvions des rivières formèrent des terres au nord du lac, mais cette partie du pays est maintenant déserte, tandis que le Seistan habité a été formé par l'assèchement du lac lui-même, en suite de la diminution du volume de la rivière et, peut-être, du captage des eaux pour l'irrigation.