La branche principale du delta coulait alors, au nord-nord-ouest, par Chahristan et Zahidan. Mais lorsque, après la catastrophe de l'invasion tartare, Chah-Roukh eut détruit le grand barrage, le district du Hauzdar perdit son approvisionnement d'eau, et bien que le Roud-Nasrou restât la rivière principale, un nouveau canal se forma près du barrage moderne, entourant les trois collines de Sehkouha, ville alors inhabitée, mais qui devait devenir la capitale du Seistan.
Pour autant que nous pouvons le savoir, il n'y eut pas de changement important, jusqu'à ce que, il y a de cela une soixantaine d'années, d'après Conolly, qui visita le pays peu après, les eaux renversèrent le barrage moderne et s'unirent pour former un canal à l'ouest de Nad-i-Ali. En conséquence, le Seistan fut laissé sans eau. Prises de désespoir, toutes les classes de la population s'unirent pour construire un barrage, mais la rivière s'en détourna. Plus tard, entre 1840 et 1850, on construisit le présent barrage et l'on creusa le Madar-Ab, ce qui ne fut point une tâche facile.
Lorsque sir Frederic Goldsmid eut été désigné comme arbitre entre la Perse et l'Afghanistan, il fixa la frontière à la rivière, dont le cours n'avait pas changé. Mais il y a huit ans, sans doute par suite du dépôt d'alluvions, elle se fraya un passage à l'ouest, et, à l'époque de notre visite, la branche principale du Helmand coulait, sous le nom de Roud-Perian, à l'est et parallèlement au Roud-Nasrou, ayant détruit Djahanabad, Ibrahimabad et Djalalabad, le berceau de la dynastie keianienne. On s'attend à ce que le fleuve, ne rencontrant pas d'obstacles, reprenne son cours originaire, et, dès maintenant, les Afghans peuvent justement se plaindre d'être laissés à sec, la branche du Nad-i-Ali n'ayant que peu d'eau.
Pour en revenir à l'histoire, le pays fut gouverné, après Tamerlan, par la tribu des Keianiens, qui prétend descendre de la famille royale des Akhéménides. Son chef fut parfois indépendant, mais lorsque la dynastie des Saffar fut à son zénith, il dut se soumettre et reconnut naturellement la suzeraineté de la Perse.
Lorsque Ispahan eut été assiégée par les Afghans, Malik-Mahmoud, le prince régnant, vint à la rescousse avec 10 000 soldats; mais les envahisseurs lui ayant promis la possession du Khorassan, il laissa la cité royale à son sort. Peu après, il fut pris à Mechhed par Nadir, qui commençait à se pousser à la première place, et ses héritiers, deux frères, soutinrent un siège de sept ans sur le Kouh-i-Khoya, mais ils furent finalement réconciliés et soumis.
LE DELTA DU HELMAND.
À la mort de Nadir Chah, le royaume d'Afghanistan fut fondé par Chah Ahmed, qui possédait toute la Perse orientale, y compris le Kain et le Seistan, provinces administrées de Hérat. La tribu des Keiani disparaissait graduellement; à la fin du XVIIe siècle, la tribu des Nahroui, du Baloutchistan, fut invitée à s'établir dans le Seistan, pour faire contrepoids aux Chahrekis et aux Sarbandis.
Vers 1850, Ali Khan, le chef des Sarbandis, fit acte d'allégeance envers la Perse, et reçut la main de la fille de Bahram-Marza, un parent du chah. Mais il fut vaincu et tué par un de ses neveux, Tadj-Mohammed. Celui-ci fut d'abord reconnu chef, mais ayant été convoqué par le chah à Mechhed, il fut mis en prison, puis, échappa, et mena dès lors une existence errante, qui se termina à Quetta.