UN GOUVERNEUR PERSAN ET SON ÉTAT-MAJOR.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Je rencontrai Wood et son expédition à la station d'Hourmak, la dernière où nous dussions trouver de l'eau fraîche jusqu'au Helmand. Au delà, l'interminable succession de nalas desséchées, où nous avions marché pendant des jours nombreux, cessait brusquement, et nous entrions dans une plaine unie, en apparence sans bornes, dont la vue était tout à fait oppressante. Elle produisait sur nous un sentiment tout semblable à celui qu'on éprouve en débarquant après un long voyage sur mer.
Le lendemain, nous arrivions sur les bords de la Chelag, qui formait de larges étangs d'eau salée, où s'ébattaient quelques canards. Traversant en diagonale le lit large et profond de la rivière, nous prîmes la rive gauche et nous aperçûmes les premières ruines. Nous établîmes notre camp à Girdi-Chah, où je devais bientôt installer mon poste, près des ruines de Ramroud, dont les maisons en pisé, depuis si longtemps abandonnées, sont encore presque habitables. Girdi-Chah, le seul endroit où l'on trouve de l'eau potable, à plusieurs milles à la ronde, est un point de relâche nécessaire pour les caravanes venant de Perse et d'Afghanistan. Mes sowars y ont semé un peu de grain et nettoyé les sources, de sorte que plus tard un village y pourra naître, qui sera le plus grand bienfait pour les caravanes.
L'étape suivante nous fit traverser un terrain plein encore de villes et de villages abandonnés. Nous passâmes par les ruines de Koundar et de Hauzdar, et nous campâmes à Asak-Chah, où nous trouvâmes quelques sources d'une eau médiocre, avec de grands troupeaux de moutons dans le voisinage. Nous étions tout près du Seistan habité.
Chevauchant à travers une plaine de gazon, nous atteignîmes bientôt le premier canal d'irrigation, qui a 4 mètres environ d'élévation, et une cinquantaine de centimètres de profondeur. Nos chevaux, à la fin, se sentirent heureux; ils burent avidement jusqu'à ce que, par humanité, nous fûmes forcés de les éloigner. Longeant les falaises usées par les eaux, nous entrâmes bientôt dans Varmal, un grand village, peuplé d'un millier d'habitants. En arrivant à notre camp, nous eûmes la surprise d'y trouver des sacs d'orge et de farine: nous étions de nouveau dans un pays d'abondance.
J'ai été très frappé par la ressemblance qu'il y a entre le Seistan et l'Égypte, d'un côté, le Sarhad et la Palestine, de l'autre. Le Seistan dépend tout à fait du Helmand, comme l'Égypte du Nil, et les deux districts sont les greniers des tribus environnantes. De même, au Sarhad comme en Palestine, la sécheresse rend le pays inhabitable; les troupeaux de moutons et de chèvres meurent faute de nourriture. Quand, dans le Sarhad, je m'enquérais d'une tribu absente, la réponse invariable était: «Elle est allée au Seistan.»
Ainsi qu'Abraham et Jacob furent contraints de se rendre en Égypte pour assurer l'existence à leurs familles, ainsi les nomades se rassemblent dans le Seistan et aux alentours. Cependant les squelettes que nous rencontrâmes nous prouvèrent que bien des vies s'étaient perdues en route. Pour compléter la comparaison: de même que le voyageur en Égypte traversait le désert arabe, partiellement en vue de la Méditerranée, ainsi les bergers en proie à la famine poussent péniblement à travers le désert jusqu'au Seistan, et voient le grand hamoun et le brillant Helmand qui, comme le Nil, garantit le berger errant et ses troupeaux de la mort par la faim.
Notre première visite au lac nous montra une grande étendue d'eau, tout à fait libre et couverte de myriades d'oiseaux sauvages. Ils faisaient, en s'envolant, un bruit exactement semblable à celui de la houle battant sur une côte rocheuse. Ils étaient hors de la portée de nos fusils, et nous n'avions aucun bateau pour les atteindre.
Revenus au camp, nous y trouvâmes un fonctionnaire que le gouverneur avait envoyé pour nous escorter jusqu'à sa résidence, Nasratabad. Pendant la marche, plusieurs de nos chameaux tombèrent, avec leurs charges, dans les canaux d'irrigation. Rien n'est pitoyable comme de voir dans l'eau le pauvre «vaisseau du désert».
À 6 kilomètres de Nasratabad, nous fûmes rejoints par Mir-Masum Khan, le gouverneur. Mais après quelques salutations et quelque musique, comme c'était la nuit qui précède le Ramadan, on nous laissa dans notre camp.