Le fort de Nasratabad, autrefois Nasirabad, a été construit par l'émir de Kain, il y a une trentaine d'années, à l'époque où la Perse s'établit dans le Seistan, à proximité immédiate de Husseinabad, village important, peuplé de vingt mille âmes. Il consiste en un espace clos, d'un peu plus de 50 hectares de superficie, entouré de murs de 9 mètres de haut, et d'une épaisseur considérable, que des tours surmontent, à des intervalles très rapprochés. Tout autour règne un chemin couvert, percé de meurtrières, avec un fossé profond, qui est quelquefois plein d'eau.

À l'intérieur, il y a de cinquante à cent boutiques, occupées principalement par des soldats qui s'adonnent au commerce, durant leur séjour dans le Seistan. On voit aussi, par-ci par-là, quelques petits champs cultivés, et partout des ânes. À l'angle nord-ouest, se trouve l'Ark, ou «réduit». Il a, autant que j'en puis juger, un profil semblable à celui du fort, mais le sujet étant sans importance, je ne fis aucune question, sûr que j'étais d'éveiller les soupçons, la plus médiocre tour en pisé étant aussi jalousement gardée que le Mont-Valérien.

LA PASSE DE BUZI.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

La garnison de Nasratabad consiste en deux régiments, armés des inutiles djezail, bien qu'il y ait à Birjand, si j'ai bien compris, un approvisionnement de fusils Wernld. Les canonniers viennent de Tabris, et sont plus considérés; ils profitent de cette considération pour faire de l'usure et prêtent à 500 pour 100 au minimum.

Mir-Masum Khan, le gouverneur, est un jeune homme de dix-neuf ans, auquel, à première vue, j'en donnai vingt-cinq, peut-être, en partie, parce qu'il portait des lunettes bleues. Nous allâmes le voir le lendemain de notre arrivée. Il est le fils d'Hichmat-oul-Moulk, lui-même fils aîné de l'ancien émir, et il était gouverneur du Seistan, depuis six ans, sous la direction d'un vizir. Il avait le teint blême et l'air assez mal portant. Je le trouvai assez ignorant et légèrement vaniteux, ayant été toute sa vie entouré de courtisans. À ce moment, il était en délicatesse avec Hichmat oul-Moulk, à cause de l'assassinat d'Abd-ou-Ouahab, son oncle, qui avait eu lieu peu auparavant; il avait été invité à quitter le Seistan, mais il s'y refusait. Il devait cependant se soumettre un peu plus tard.

LES GYPSIES DU SUD-EST PERSAN.