Après avoir passé quatre jours à Nasratabad, nous retournâmes à Varmal, où j'avais rendez-vous avec la mission Webb Ware. Deux jours après, elle nous quittait. Pour me distraire du sentiment de ma solitude, je résolus d'aller visiter le Kouh-i-Khoya.
Le Kouh-i-Khoya, seule montagne du Seistan, a joué un grand rôle dans la période héroïque de la Perse, dont ce pays fut le centre. C'est une montagne basse, au sommet plat, que l'on appellerait sûrement «la montagne de la Table», si les Persans avaient des tables. Généralement, la montagne est plus ou moins une île. Pour y arriver, nous dûmes naviguer dans des toutin, ou radeaux faits de roseaux, qui ressemblent à des moitiés de cigares et qui se tiennent assez bien en équilibre.
Le Kouh-i-Khoya, qui s'appelait aussi autrefois Kouh-i-Zor ou Kouh-i-Rustem, s'élève à 120 mètres au-dessus de la plaine, et n'est accessible que par le sud et le sud-est. Il est rond comme une pomme, avec un diamètre d'un kilomètre et demi environ, quoiqu'il ait généralement sur les cartes une forme oblongue, avec son grand axe du nord au sud. Nous abordâmes près des ruines de la ville de Kakkar, bâtie sur la falaise, et très fortifiée. Une muraille extérieure est flanquée de bastions et forme encore un ouvrage formidable. Une route était construite autrefois sur le devant de la falaise, au sommet de laquelle se trouve un autre ouvrage, appelé Kouk, véritable clef de la position. Ce fut le théâtre du premier exploit de Rustem, lorsque, n'étant qu'un jeune garçon, il s'empara du fort et tua le roi Kouk. Plus loin, une gorge mène au sommet, que commande un petit fort. La colline est principalement composée de basalte noir, et, par son absolue stérilité et son manque d'eau, elle rappelle un peu l'île d'Hormuz.
Toute la surface est creusée de fossés, restes de mines, citernes pour l'eau des pluies, ou bien est couverte de tombeaux formés, soit de blocs grossièrement assemblés, soit de dômes en pisé, soit de cairns avec piliers.
À l'extrémité nord, se trouve le sanctuaire de Khoya-Galtoun, un dôme de construction grossière, dans lequel le saint repose, sous une tombe formée de briques séchées au soleil, et de 6 mètres de long. À l'entrée, se trouvent deux poids en pierre. Quand quelqu'un adresse une demande au Khoya, il doit s'endormir sur les degrés de la porte; si sa prière est exaucée, il sera jeté à quelques mètres de distance par une force surnaturelle; sans cela, rien n'est fait. À l'équinoxe du printemps, des courses à pied ont lieu près du sanctuaire.
SUR LA LAGUNE DU HELMAND (page [354]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Du Kouh-i-Khoya, je me décidai à gagner Band-i-Seistan sur le Helmand. À Dolatabad, quartier général des Sarbandi, les environs avaient été inondés, et le village transformé en île. Tous les villages du Seistan sont bâtis sur des monticules de fumier, et en temps d'inondations, ils forment autant d'îlots. Imaginez une collection de huttes en pisé misérables, en forme de dômes, avec, devant la porte, un tas d'immondices et un âne, et vous saisirez le type d'un village du Seistan. On voit aussi des enclos à murs bas, avec des plants de vignes, des mûriers et des grenadiers, mais ces arbres sont encore tout jeunes, et le Seistan, à l'ouest du Helmand, est encore aussi dépourvu d'arbres que lorsqu'il fut visité par Conolly.
De Dolatabad, nous arrivâmes à Sehkouha, dont les cartes font encore la capitale du Seistan. Mais aujourd'hui sa population n'est pas même de vingt mille habitants, y compris cinquante soldats. Au delà de Sehkouha, nous eûmes à traverser le canal du Roud-Seistan, ce qui nous prit la plus grande partie de la journée. À Khodja-Amad, il avait 40 mètres de largeur, et, sur certains points, près de 2 mètres de profondeur.