Nous fîmes plus d'une visite au Helmand, l'Etymander de la géographie classique. C'est une belle rivière, paraissant aussi large que la Tamise devant la Tour de Londres, et, après plusieurs mois de voyage à travers les déserts, elle offrait une vue singulièrement réconfortante.
COUPLE BALOUTCHE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Le barrage du Band-i-Seistan paraît très peu solide. Mais sa force est peut-être dans sa faiblesse, car on le répare facilement, tandis qu'un barrage en pierres, construit à cet endroit, pourrait déterminer un changement du cours de la rivière. À l'époque de la mission du Seistan, voici quelles étaient ses dimensions: longueur totale 220 mètres, plus grande largeur 33 mètres, hauteur 5 mètres et demi. Au moment de ma visite, sa largeur et sa hauteur avaient beaucoup diminué, et quoique les eaux fussent basses, elles filtraient au travers, ou passaient par-dessus. Le seul bois employé était celui du tamaris; des pieux, d'une faible épaisseur, étaient plantés dans le lit de la rivière, et de petites branches enroulées autour. Pour consolider la construction, on ajoute des fascines, grossièrement construites, qui sont détruites chaque année. Ainsi le Seistan est, par le fait, dépourvu d'eau, lorsque les flots provenant de la fonte des neiges des monts Berbers se sont écoulés, et il faut que des milliers de villageois se mettent à la réparation du barrage.
On dit que le Helmand renferme une excellente espèce de poisson; mais ceux que nous prîmes se trouvèrent être, pour la plupart, insipides. Les rives du Madar-Ab (Mère des eaux), ainsi qu'on appelle ce canal, sont couvertes d'une épaisse végétation de tamaris; c'est l'une des rares jungles que j'aie vues en Perse.
Nous allâmes chasser dans les environs la bécassine et le canard. La chasse ne fut point mauvaise, mais nous marchions constamment dans l'eau, et c'était un travail pénible. Tout ce pays, couvert maintenant de tamaris et de hauts roseaux, était cultivé, il n'y a que quelques années.
C'est là que se trouvent les ruines de Chahristan, de Zahidan et d'autres villes. Les plus intéressantes sont celles d'une tour, construite en briques cuites, et d'environ 20 mètres de hauteur. Une large brèche, sur la face sud, menace sa stabilité, et il est à craindre qu'elle ne s'écroule bientôt. Cette tour, sur laquelle on lit deux inscriptions koufiques, était évidemment un minaret appartenant à une mosquée aujourd'hui ruinée.
Après être revenu passer quelques jours au camp de Nasratabad, j'en repartis pour une nouvelle excursion, dans laquelle je me proposais de visiter la lagune. Autour du village de Hadimi, habite, sur ses rives, la tribu des Saiads, ou oiseleurs, qui m'intéressèrent, comme étant peut-être une population aborigène. C'est du moins ce qu'ils disent, et leur aspect semble pareillement l'indiquer. Près d'eux, mais s'en distinguant absolument, sont les Gaudars, ou gardeurs de vaches, dont les troupeaux paissent les jeunes roseaux dans la lagune. Les vaches du Seistan sont, d'ailleurs, renommées.
Les Saiads, d'après leur dire, sont les seuls véritables Seistanis, et cela est possible, car eux seuls peuvent avoir échappé en corps aux hordes mongoles, en prenant des provisions à bord de leurs radeaux, et en se cachant dans les herbes. La tribu compte environ quatre cents familles. Leur principal commerce est celui des plumes dont on rembourre les oreillers. Deux familles seulement ont pour métier la pêche.