Les écrivains venus d'Europe ou des Indes sont, en général, et à mon humble avis, beaucoup trop sévères en jugeant de l'état de la Perse. Pour ne parler que du Seistan, avant que le Gouvernement persan en prît possession, la vie d'aucun voyageur n'était sûre, comme M. Ferrier en témoigne dans ses Caravan Journeys. Or, déjà à l'époque de la mission du Seistan, le changement était considérable: aucune tentative de spoliation ou de violence n'avait été faite du côté persan, et aujourd'hui, abstraction faite d'escarmouches de l'autre côté de la frontière, le district est aussi sûr que la plupart des pays d'Europe. Une immigration constante vient de l'Afghanistan, et ainsi s'accroît la superficie cultivée du pays, qui a quadruplé sous la domination du chah.
Nous eûmes ensuite à traverser, avec beaucoup de difficultés, le Roud-Perian, grossi par des pluies récentes et devenu un torrent écumeux de 300 mètres de largeur, dont peut-être 40 à 50 guéables; les chevaux et les mules pouvaient passer à la nage; quant à nos chameaux, débâtés et munis de six gourdes à la place de leurs charges, ils étaient littéralement toués par deux hommes, assis, l'un à la tête et l'autre à la queue.
Cela nous prit tout un jour d'accomplir ce passage, et nous revînmes à Nasratabad, en passant à travers les ruines de Zahidan, au milieu d'une tempête qui remuait fort désagréablement des colonnes de sable.
Le temps était devenu chaud, 35 degrés à l'ombre à midi, et nous commencions à subir la peste des mouches et des moustiques. Le 1er avril, nous rencontrâmes le premier serpent, ce héraut du printemps, et nous nous trouvâmes très heureux de quitter le Seistan pour la province plus élevée de Kain, par où nous devions revenir à Yezd et à Kirman.
Mes deux excursions m'avaient fait voir le Seistan tout entier, et je puis en parler avec quelque connaissance de cause. Il se divise, comme je l'ai montré, en deux parties, la région sans arbres et la jungle. Dans toutes les deux, le sol est semblable, et il paraît consister généralement en une argile légère. Dans quelques régions, on trouve des kilomètres carrés de collines de sable, qui pourraient, il est vrai, être cultivées. Autour de Nasratabad, la terre est salée et percée de trous innombrables. On trouve en particulier de nombreux étangs, peu profonds, qui doivent être d'excellents bouillons de culture pour les moustiques et les microbes. De fait, sans le vent de cent vingt jours que l'on appelle le Bad-i-Sad-u-Bist-Ruz, le Seistan serait à peine habitable. Ce vent providentiel souffle d'avril à juin sur le district; il est chaud et désagréable, mais il emporte l'atmosphère de malaria. Quand il tombe, la masse des habitants, qui me parut être une race maladive, souffre terriblement de la fièvre. Cependant si l'on prend les précautions nécessaires, le climat du Seistan, malgré les températures de 45 degrés sous la tente, en été, peut se comparer favorablement avec celui de diverses régions du Bengale, et ses brèves périodes de temps froid sont aussi hygiéniques qu'on peut le désirer.
Lord Curzon, dans son livre sur la Perse, traite complètement la question du Seistan, au point de vue politique. Je me borne à en parler au point de vue géographique. On a déjà remarqué que c'était une petite Égypte, un grenier pour les tribus avoisinantes. Ce caractère est encore accentué par la situation du pays, à mi-chemin entre le territoire russe et le golfe Persique, avec une population très clairsemée des deux côtés; c'est aussi le seul district cultivé entre Quetta et la province de Kirman. D'autre part, le Seistan cultivable, avec une population qui ne compte guère que 100 000 habitants, y compris environ 7 000 nomades, ne consiste, au fond, que dans le delta du Helmand. Je ne crois pas que les grandes quantités d'eau, qui se perdent actuellement, puissent être utilisées par une autre puissance que celle qui tient aujourd'hui le cours supérieur de cette rivière, et la zone de culture, dans des conditions aussi étroitement limitées, ne peut pas s'étendre beaucoup[5].
Adapté de l'anglais par H. Jacottet.
MOSQUÉE DE YEZD.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.