VUE DE YEZD, PAR OÙ NOUS PASSÂMES POUR RENTRER À KIRMAN (page [360]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Le pays de Mian-Kiangi (nom qui équivaut à celui de Mésopotamie) est une jungle épaisse de tamaris, de quelque 20 mètres de hauteur, qui s'étend entre le Roud-Perian et le Helmand; les villages s'y élèvent dans des clairières. Le Helmand est, à cet endroit, très peu profond; son lit était même presque à sec au moment où nous y passâmes. Il est certain que la rivière, avant d'atteindre d'un cours lent le hamoun, déposait ses alluvions le long de la masse des roseaux et des tamaris, qu'elles ont progressivement recouverts, et maintenant tout ce qui reste pour marquer la frontière est ce cours d'eau sec et insignifiant, connu aujourd'hui sous le nom de Roud-Achoukan. De l'autre côté, près de l'embouchure, se trouve une colline basse, le Tapa-i-Tilai, ou mont d'Or, du sommet duquel on n'apercevait pas un point d'eau; les yeux erraient à travers un sol desséché, couvert de racines de roseaux. Quelques nomades de la tribu des Bouzi, qui sont des Persans, habitent ce désert, qui s'étend jusqu'à Chakansour, et abreuvent leurs troupeaux à quelques sources; sans cela la tranquillité de la mort plane sur ce pays.
Les étapes suivantes devaient nous mener à Milak, point où le Roud-Perian se divise en deux branches. À 3 kilomètres au sud-sud-est de notre camp, nous rencontrâmes des ruines étendues, désignées sous le nom de Tackht-i-Poul ou «Plate-forme du pont». On nous montra trois petites arches en briques cuites, qui étaient, nous dit-on, les restes d'un pont jeté sur le Helmand, mais leurs petites dimensions suffisaient à montrer l'absurdité de cette supposition.
LA COLONNE DE NADIR S'ÉLÈVE COMME UN PHARE DANS LE DÉSERT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À Siadak, le chef du village était récemment revenu de Quetta, où il avait vu l'agent du gouverneur général. Son voyage lui avait été profitable, car il se proposait de faire un autre voyage, dès qu'il aurait assez de laine et de beurre clarifié, principal objet d'exportation du Seistan.
Près de Milak, on est en vue du Nad-i-Ali, colline remarquable, entourée de murs, de l'autre côté du vieux Helmand. Il s'y trouve une garnison d'une centaine de réguliers de Caboul. L'ancienne ville est située, dit-on, au sud. Deux autres collines, au sud, Sufidak et Surkhdak, sont actuellement sans occupants.
Le gouverneur du district, connu sous le titre d'Akhoundzada, réside à Kala-Kang, au sud de Chakansour. On nous dit que la place où peuvent se faire les plus belles découvertes de monnaies et de sceaux est Amiran, un peu au sud du Nad-i-Ali.
Empêchés de marcher par la masse épaisse des tamaris, nous eûmes à choisir pour route le Helmand, toujours très peu profond. Nous entendîmes plus d'un récit sur la tyrannie afghane, très dure, comparée à la domination persane. Du côté afghan, on ne cultive point de melons, car ils seraient tous saisis par une soldatesque rapace; même le thé et le sucre sont presque inconnus, et ne sont transportés par contrebande qu'en petites quantités. Dans ces conditions, le commerce est littéralement jugulé, et il n'y a pratiquement aucune communication avec Kandahar.