Kabara. — Visites importunes. — Dangereux passage. — Tinboctoue, Tomboctou ou Tembouctou. — El Bakay. — Menaces. — Le camp du cheik. — Irritation croissante. — Sus au chrétien! — Les Foullanes veulent assiéger la ville. — Départ. — Un preux chez les Touaregs. — Zone rocheuse. — Lenteurs désespérantes. — Gogo. — Gando. — Kano. — Retour.
«À peine le soleil commence-t-il à paraître, qu'ayant traversé le Niger, nous nous trouvons en face de Tasakal, petit village mentionné à Caillé. Excepté quelques bateaux pêcheurs, tout est désert autour de nous. L'eau se divise, nous prenons l'embranchement sur lequel est situé Koromé, tandis que le fleuve s'éloigne vers l'est, de l'autre côté des îles Day, qui nous séparent de lui. Le canal se divise à son tour, la branche que nous suivons n'est plus qu'un ruisseau, traversant une prairie; mais elle se rélargit peu à peu, forme un bassin d'une régularité parfaite, et après huit mois et demi d'efforts nous sommes à Kabara, qui sert de havre à Tembouctou. La maison que j'occupe au sommet de la côte, où la ville est située, comprend deux grandes salles, une quantité de pièces plus petites, et un premier étage; la cour intérieure, avec son assortiment de moutons, de canards, de pigeons, de volailles de toute sorte, rappelle le temps où les Foullanes n'avaient pas encore exploité le pays.
Méridien de Paris
Voyage du Docteur Barth
Itinéraire de Sokoto à Tembouctou
1855
Dressé par Vuillemin d'après le Dr Peterson
Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42
«Dès que le jour vient à paraître je me hâte de quitter ma chambre où l'on étouffe. À peine rentré de la promenade, je reçois un chef touareg qui réclame un présent; je refuse, il insiste, et me répond qu'en sa qualité de bandit il peut me faire beaucoup de mal. Je suis, en effet, hors la loi, et le premier scélérat venu, qui me soupçonnera d'être chrétien, peut me tuer impunément. Toutefois, après une vive altercation, je me débarrasse du Touareg. Il n'est pas parti que la maison est encombrée de gens qui arrivent de Tembouctou, à pied, à cheval, portant des robes bleues, serrées à la taille par une draperie, des culottes courtes et des chapeaux de paille terminés en pointe. Tous ont des lances, quelques-uns des épées et des mousquets; ils s'asseyent dans la cour, remplissent les chambres, se regardent, et se demandent qui je puis être. Deux cents de ces individus passent chez moi dans le courant de la journée; et le soir, l'émissaire que j'avais envoyé à Tembouctou revient avec Sidi Alaouate, l'un des frères du cheik. On lui a confié que je suis chrétien, mais sous la protection toute spéciale du souverain de Stamboul. Par malheur je n'ai d'autre preuve de cette assertion qu'un vieux firman, qui date de mon premier séjour en Égypte, et n'a aucun rapport avec mon voyage actuel; néanmoins l'entrevue n'a rien de désagréable.
Camp touareg.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).