L'enceinte de la ville n'a pas trois kilomètres; c'est trop encore pour les 2800 âmes qu'elle renferme, ainsi que le prouve la solitude des quartiers éloignés du bazar. Une voie spacieuse, appelée dendal, qui de la porte de l'est s'étend jusqu'au château, caractérise la ville, et montre qu'elle a plus de relations avec la Nigritie qu'avec les territoires arabes.

«Mourzouk, dit le docteur Barth, n'est pas, comme Ghadamès, habitée par de riches trafiquants; c'est moins le siége d'un commerce considérable, qu'un lieu de transit. Pour nous c'était la première station de notre voyage, et notre véritable point de départ, aussi ne demandions-nous qu'à en sortir; mais qui peut jamais quitter à son heure une ville africaine, presser des individus pour qui le temps n'existe pas? Notre départ qui devait avoir lieu le 6 juin, fut décidé pour le 13; on se mit en marche effectivement le jour indiqué. Mais après avoir séjourné à Tasaoua pour s'entendre avec deux chefs des Touaregs, ces pirates voilés et silencieux du désert, il fallut retourner sur ses pas, rentrer à Mourzouk; et c'est le 25 juin que, revenue à Tasaoua, notre petite caravane s'ébranla d'une manière définitive, franchit des montagnes de sable, et entra sur un terrain plus ferme dont les hauteurs sont couronnées de tamarix, région dont un cours d'eau violent semble avoir entraîné la portion terreuse qui réunissait les collines, à présent isolées. Nous retrouvons bientôt le sol caillouteux de l'hammada, puis la succession de vallées verdoyantes et de lieux arides qui ont précédé notre arrivée à Mourzouk.

«Nous avions atteint l'Oued-Elaven, large dépression venant du nord, lorsque nous découvrîmes, à deux cents pas de notre camp, une mare qui formait un centre de vie dans cette région solitaire; tout un monde s'y baignait et folâtrait; une nuée de pintades et de gangas voltigeait au-dessus de la masse animée, en attendant qu'ils pussent remplacer les baigneurs. Là, de nouvelles difficultés s'élèvent de la part des Touaregs chargés de nous conduire à Seloufiet; nos serviteurs eux-mêmes nous disent que nous nous trompons en croyant que la route de l'Ahir nous est ouverte, et nous déclarent qu'il nous faut envoyer demander aux chefs du pays la permission d'y entrer. Bref, tout en persistant dans notre itinéraire, nous consentons à passer par Ghat, et à y rester six jours; on nous promet en échange de partir ensuite immédiatement pour l'Asben.

Carte des voyages du Dr Henri Barth en Afrique (partie Orientale)

Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42.

«C'est en nous dirigeant vers Ghat, au moment où nous entrions dans la vallée de Tanesof, que nous vîmes se dresser en face de nous, le mont Iniden ou des Démons, admirablement éclairé par le soleil couchant; sa cime perpendiculaire, avec ses tours et ses créneaux, se découpait en blanc sur le ciel, au-dessus d'une base puissante dont on distinguait les strastes de marne rouge. À l'ouest, l'horizon était formé par des dunes que le vent balayait, et dont il répandait le sable sur toute la surface du val.