Le vent d'est, qui vient des montagnes, souffle avec violence dans l'Ougogo pendant presque toute l'année, et la température y change brusquement sous l'influence des vents froids qui alternent avec des courants d'une chaleur singulière. «En été, le climat ressemble à celui du Sind: même ciel embrasé, mêmes nuits d'une fraîcheur pénétrante, mêmes ouragans poudreux. Quand le vent du nord, passant au-dessus de la chaîne des Ouahoumba, rencontre les rafales de l'Ousagara, échauffées par un sol brûlant, les molécules argileuses et siliceuses de cette terre désagrégée, les détritus des plantes carbonisées par le soleil surgissent en puissants tourbillons, qui parcourent la plaine avec la rapidité d'un cheval au galop, et qui, chargés de sable et de cailloux, frappent comme la grêle tout ce qu'ils rencontrent. Vers le milieu de novembre quelques ondées préliminaires, accompagnées de bourrasques furieuses, s'abattent sur cette région calcinée, et la vie qui paraissait éteinte renaît et déborde: c'est la saison des semailles, des fleurs, des chants et des nids.

«La caravane qui passe pour la première fois dans l'Ougogo se plaint des trombes, des nuées d'insectes, des revirements de température qu'elle y rencontre; mais l'air y est salubre, et ceux qui reviennent de l'intérieur prodiguent leurs éloges au climat qu'ils avaient maudit.

«Dans l'est et dans le nord de la province, la race est vigoureuse et de couleur aussi claire que les Abyssiniens. La petitesse de la partie postérieure de la tête, relativement à la largeur de la face, jointe à la distension du lobe des oreilles, donne aux Ouagogo une physionomie particulière. Ils s'arrachent les deux incisives du milieu de la mâchoire inférieure; quelques-uns se rasent la tête, la plupart se font une masse de petites nattes comme les anciens Égyptiens, et les enduisent, ainsi que tout leur corps, de terre ocreuse et micacée; une couche de beurre fondu, brochant sur le tout, fait l'orgueil des puissants et des belles. Le haut du visage est souvent bien; mais les lèvres sont épaisses et d'une expression brutale; le corps est heureusement proportionné jusqu'aux hanches, le reste est défectueux. Même chez les femmes la physionomie est sauvage, la voix forte, stridente, impérieuse, et les paupières sont rougies et souvent altérées par l'ivresse.

«Comparé à ceux de leurs voisins, le costume des Ouagogo leur donne un certain air de civilisation; il est aussi rare de voir parmi eux un vêtement de pelleterie, que de rencontrer plus à l'ouest quelque lambeau de cotonnade. Enfin leur curiosité; même impudente, prouve qu'ils sont perfectibles; le voyageur n'excite pas cette émotion chez les peuplades abruties, dont rien n'excite l'intérêt.

«Bien qu'il soit occupé par les Ouakimbou, le district de Toula, où entra la caravane au sortir de l'Ougogo, est regardé comme faisant partie de l'Ounyamouézi, dont il forme la frontière orientale.

«Après les fourrés épineux du Mgounda-Mkali, dont les jungles vous enserrent de tous côtés, cette vaste plaine, où se succèdent les bourgs et les champs de légumes et de céréales, apparaît comme une terre promise; le village insignifiant où nous arrivâmes fit à nos hommes l'effet d'un paradis, et le 1er novembre ils se sentaient de force à traverser le hallier qui nous séparait de Roubouga.

«Nous venions de nous arrêter à l'ombre, après avoir franchi ce dernier territoire, lorsque je vis arriver Maoula, chef d'un gros village voisin. Dans ses prétentions à l'homme policé, il ne pouvait pas permettre à un blanc de passer sur ses domaines sans lui soutirer un peu d'étoffe, sous prétexte de lui offrir un bouvillon. Comme la plupart des chefs de la Terre de la Lune, c'était un grand vieillard décharné, anguleux, ayant de gros membres, la peau noire, huileuse et ridée; une quantité de petits tortillons enduits de graisse, de beurre fondu, d'huile de ricin, pendillaient autour de sa tête chauve; une odeur d'encens bouilli s'exhalait du vieux morceau d'indienne qui lui enveloppait les hanches et de l'espèce de manteau qui lui tombait des épaules. Une quantité d'anneaux de fil de laiton roulé autour d'une masse de poil de buffle ou de zèbre, lui couvraient les deux jambes; et quatre petits disques, taillés dans une coquille blanche, ornaient les cothurnes de ses sandales. Il nous salua d'un air bienveillant, nous conduisit à son village, donna des ordres pour qu'on nettoyât des cases à notre intention, et nous quitta pour aller chercher son bouvard. Il revint quelques instants après, nous faisant amener l'un de ses taureaux, qui s'échappa, furieux comme un buffle, et dispersa tout le monde sur sa route, jusqu'au moment où deux balles du capitaine Speke l'étendirent sur le sable. Le vieux Maoula reçut en échange un morceau d'étoffe rouge, deux pièces de calicot, et demanda tout ce qu'il aperçut, y compris des capsules, bien qu'il n'eût pas de fusil; en outre, il fit tous ses efforts pour nous retenir, dans l'espérance que je guérirais son fils de la fièvre, et que je jetterais un sort à l'un des chefs du voisinage, qui lui était hostile. Le soir, on vint me dire que la palissade était entourée d'une troupe de nègres furieux; je sortis du village, et découvris en dehors de l'estacade une longue rangée d'hommes paisiblement assis, bien qu'ils fussent armés en guerre. Je fis déposer nos marchandises en lieu sûr, et me promis de quitter le lendemain notre vieux chef, sans plus me mêler de ses querelles du voisinage que de la santé de son fils.

Paysage dans l'Ousagara.—Dessin de Eug. Lavieille d'après Burton.