En 1339 vint à Salonique un moine appelé Barlaam, Catalan d'origine. Après avoir étudié les Pères de l'Église grecque, il tint plusieurs conférences où il tenta de réunir les deux Églises. En ce même temps, il y avait au couvent de Dokiarios un caloyer appelé Grégoire Palamas qui était un homme saint entre tous et disait avoir vu de ses yeux l'essence divine.

Palamas fit de nombreux sectateurs qui comme lui prétendirent être arrivés à l'état de sublime quiétude. Barlaam les nomma Omphalopsyques (qui ont l'âme au nombril) et les accusa de renouveler l'hérésie des Massaliens condamnés à Antioche vers la fin du quatrième siècle. À ce reproche se joignit celui d'intempérance. La querelle s'étant envenimée de part et d'autre, Barlaam demanda à l'empereur Andronic la réunion d'un concile afin de convaincre les Athonites de leurs erreurs. Ce concile se tint à Sainte-Sophie le onzième jour de juin 1341. L'empereur le présidait en personne. Barlaam fut condamné. Palamas triomphant fit élever au siège patriarcal un de ses disciples appelé Calliste, homme grossier et sans instruction. Mais cette élection ayant créé un schisme dans l'Église grecque, Cantacuzène fut forcé de congédier Calliste.

Il y a un fait certain, c'est que, comme nous l'avons éprouvé, le reproche d'intempérance serait aujourd'hui très-mal fondé à l'égard des caloyers de Dokiarios.

Dès le lendemain nous prenions une barque qui nous menait à Saint-Xénophon. Nous y fûmes reçus par un vieux caloyer, originaire de Corfou, qui avait fait la campagne d'Égypte et celles de Grèce de 1821 a 1829. Son corps était troué de balles, mais il ne s'en portait que mieux, car la seule chose, avouait-il naïvement, qui le retint à la terre était le désir de prendre sa revanche. Il nous montra dans le catholicon construit nouvellement, quelques curiosités arrachées à l'ancienne église: deux beaux fragments de mosaïque représentant saint Georges, l'honneur de la Cilicie (Ciliciæ decus), et saint Démétrius, les restes d'un retable en bois sculpté et un ostensoir émaillé. Ce dernier objet, de forme rectangulaire, est décoré de têtes de saints sur un fond d'entrelacs et d'arabesques.

Intérieur de la cour principale du couvent slave de Kiliandari.—Dessin de Lancelot d'après une photographie.

Pendant notre inspection, on avait servi le dîner sur une des galeries hautes qui dominent la mer. Le père cuisinier avait reçu sans doute des instructions spéciales de notre vieux cicérone, car la table était servie avec un luxe inaccoutumé. Sur une nappe rehaussée de pailletons d'or et de franges de soie, telle qu'en brodent les femmes de Calamatta, un plat de dorades parfumées au genièvre fumait au milieu d'un rempart de figues, de pastèques et de raisins, vrais produits de Chanaan. Le repas fut gai: le caloyer commença le récit de ses campagnes et le pappas égrena son chapelet d'épithètes à la louange de la Sainte-Montagne. Le vin de Santorin est bon quand il est dépouillé, le vin de Ténédos ne lui cède en rien, mais celui de Corinthe leur est certainement bien supérieur: ce fut l'avis général. Le caloyer en était à sa cinquième campagne, et le pappas, à bout d'épithètes terrestres, en empruntait au ciel et parlait du paradis à faire croire qu'il en revenait. On allait attaquer une outre de vin de Chypre, quand nous entendîmes sous la galerie un bruit mesuré de rames. C'étaient des pêcheurs d'éponges qui exploraient la côte. Ce spectacle coupa court à la joie générale; car on ne peut se figurer quel horrible métier que celui de ces hommes. Nous en vîmes rester sous l'eau plus d'une minute, reparaître et replonger encore, répétant cet abominable exercice pendant plusieurs heures. Ces plongeurs ont l'apparence de noyés; les yeux injectés de sang, les paupières gonflées, les joues bleuies et les lèvres pâles comme celles des morts. Sur le pont, deux hommes, enveloppés de larges mantes, examinaient attentivement ce que rapportaient leurs limiers amphibies...