Pagode à Pagán.
L'éclairage, à l'huile minérale, consiste en quelques vases de terre qu'un des acteurs remplit de temps à autre et qui lancent leurs lueurs rougeâtres autour de l'arbre symbolique. L'orchestre, sur un des côtés de la scène, a près de lui une espèce de chevalet d'où pendent une foule de masques grotesques. Le coffre qui renferme les costumes de la troupe lui fait face; invariablement ce coffre fait fonction de trône à l'usage des rois, toujours très-nombreux dans ces drames.
De fait, rois, princes, princesses, ministres et courtisans sont les seuls personnages qui y figurent. Quant à l'intrigue, s'il y en a une, elle est très-difficile à découvrir. Le héros est le plus souvent un jeune prince, qui a toujours pour valet un bouffon, comme celui de nos anciennes comédies; le Crispin de Magwé remplissait parfaitement son rôle de comique, ainsi qu'en témoignaient les éclats de rire de l'audience. C'était le seul acteur digne de ce nom, et son jeu était souvent si hautement épicé, que pour le comprendre il n'était pas besoin de connaître la langue dont il se servait. L'interminable prolixité du dialogue dépassait toutes les bornes; je ne pense pas que personne pût comprendre ni ce qu'il signifiait ni sa raison d'être; ce qu'il y a de certain, c'est que l'action marchait si lentement qu'il eût fallu plusieurs semaines pour arriver au dénoûment.
Une partie du dialogue était chantée; dans ces moments, les attitudes, les gestes et certaines lamentations prolongées avaient un caractère très-comique, mais dont on se lassait bientôt. Des danseurs et des danseuses viennent souvent jouer des intermèdes ou même prendre part à l'action. Les rôles de femmes, dans les villes éloignées de la capitale, étaient joués par de jeunes garçons.
Représentation théâtrale dans le royaume d'Ava.—Dessin de W. Haussoullier et Hadamard d'après H. Yule.
Les marionnettes sont encore plus populaires que les drames: les représentations de ces acteurs de bois ont lieu sur des théâtres assez élevés, ayant souvent neuf mètres de développement, ce qui permet de transporter la scène selon les exigences du sujet; le plus communément, on voit un trône à un bout, c'est la cour; à l'autre extrémité des branches d'arbre représentent une forêt. Les pièces que jouent ces marionnettes sont, comme celles des acteurs vivants, très-prolixes, et elles m'ont paru avoir une tendance au surnaturel, car on y voit des princesses enchantées, des dragons, des esprits (hàts), des chariots volants, etc. Ces marionnettes jouent souvent aussi des mystères qui se rapportent à l'histoire de Gautama, et qu'on ne pourrait laisser représenter par des acteurs.
Sources de naphte; leur exploitation. — Un monastère et ses habitants.
La ville de Ye-nan-Gyong, que nous atteignîmes le 13, révèle la nature de son industrie et à la vue et à l'odorat; on y sent partout l'odeur nauséabonde du pétrole; la plage est couverte de vases de terre qui ruissellent d'huile; de toutes parts on voit fumer des poteries. Nous montâmes sur les collines qui entourent la ville; un sol de sable ou de pierre, à peine assez d'herbe pour ne pas accuser une stérilité absolue, çà et là quelques euphorbes rabougris, du bois pétrifié en abondance, tel est l'aspect désolé du pays.