Le soir, nous fîmes connaissance avec le drame birman, distraction qui prendrait grande place dans ma narration, s'il me fallait raconter ceux dont nous avons été journellement gratifiés pendant tout notre voyage.

Le gouverneur avait ordonné une exhibition de marionnettes et un drame régulier et classique; comme c'était la première fois qu'on nous faisait une politesse de ce genre, le major Mac Phayre, l'ambassadeur, y exigea notre présence.

Nous avions un orchestre birman au grand complet, composé d'instruments très-curieux, et qui, je crois, sont particuliers à la Birmanie.

Le principal instrument, tant au point de vue du volume que du son, est le pattshaing ou tambour-harmonica. C'est une espèce de châssis circulaire, en forme de baquet, d'environ trente pouces (soixante-quinze centimètres) de haut sur quatre pieds et demi (un mètre cinquante centimètres) de diamètre. Ce châssis consiste en espèces de douves curieusement sculptées, qu'on maintient les unes près des autres à l'aide d'un tenon qui s'introduit dans une mortaise taillée dans un cercle. À l'intérieur sont suspendus verticalement dix-huit à vingt tambourins, dont le diamètre varie, de six à vingt-cinq centimètres. Pour accorder l'instrument, on modifie le son de chaque tambour, quand cela est nécessaire, en étendant avec le pouce un peu d'argile mouillée au centre de la peau d'âne. Le musicien, accroupi à l'intérieur, joue de cet instrument avec les doigts ou la paume de la main, et parvient à en tirer certains effets musicaux. Un autre instrument ressemble beaucoup au pattshaing, mais, au lieu de tambours, il contient des tamtams, et les musiciens se servent de baguettes pour toucher ce clavier, qui donne des sons d'une douceur et d'une mélodie charmantes. Le reste de l'orchestre se compose de deux ou trois clairons à large pavillon, d'une misérable trompette d'un son, de cymbales, et quelquefois d'un immense tamtam; invariablement il y a des castagnettes de bambou qui battent fort bien la mesure, mais qui aussi se font par trop entendre.

Les Birmans ont en outre des instruments pour la musique spéciale de salon ou de concerts; les principaux sont la harpe et l'harmonica aux touches de bambou et quelquefois d'acier.

Nous avons vu à Amarapoura un de ces derniers instruments; c'était l'œuvre des augustes mains du roi Tharawady, qui, comme Louis XVI, était plus adroit mécanicien qu'habile monarque.

Enfin une longue guitare cylindrique à trois cordes, ayant la forme d'un caïman, dont elle porte d'ailleurs le nom, clôt la liste de l'instrumentation birmane.

Revenons au drame. Le sol, couvert de nattes, sert généralement de scène. Les personnages distingués se placent sur des estrades, la plèbe s'accroupit, se plaçant de son mieux dans tous les espaces libres. Au milieu de la scène il y a toujours un arbre, ou simplement une grosse branche d'arbre; comme l'autel dans les tragédies grecques, c'est le centre de l'action, c'est le seul décor; on a toujours répondu à mes questions à ce sujet que c'était en prévision du cas où l'on aurait une forêt ou un jardin à représenter; mais je suis convaincu que cet arbre avait une signification symbolique qui, avec le temps, s'est perdue.