Les principales maisons de la grand'rue étaient occupées par des soldats dont les armes étaient rangées le long des verandahs. De nombreux chevaux circulaient dans les rues; c'était la monture de la milice du pays, convoquée sans doute pour notre arrivée.
Les boutiques étaient veuves de leurs marchandises, et la population avait un air d'inquiétude qui est peu dans le caractère des Birmans; notre présence semblait les préoccuper.
Nous ne rencontrâmes aussi que très-peu de femmes, ce qui n'est pas l'habitude du pays. C'est la seule fois que nous nous soyons aperçus de ce manque de confiance; mais les femmes ne se montrèrent plus en grand nombre que dans le voisinage de la capitale.
En sortant de la ville, nous nous trouvâmes dans une campagne ouverte, ondulée et divisée en enclos par des haies de jujubiers morts. La principale culture était le sésame. L'aspect des routes et des champs nous montrait un degré de civilisation auquel nous ne nous attendions pas.
Harmonica birman.
Du bord de notre bateau à vapeur, nous avions remarqué une masse sombre de toitures s'étageant les unes sur les autres; c'étaient deux immenses monastères, d'une construction solide et simple, une chapelle (thein) et enfin une pagode. Le tout, y compris de vastes terrains, était entouré d'une grossière palissade de bois de teck de sept à huit pieds de haut.
Le thein était le monument le plus remarquable et le plus richement sculpté que nous ayons encore rencontré: ce n'est que dans les environs d'Amarapoura que nous avons vu des monastères le surpassant; plutôt encore par la richesse que par le goût de l'ornementation.
M'étant mis à en faire un croquis, je fus aussitôt entouré d'une foule de moines et de profès, tous très-joyeux, mais aussi très-questionneurs. Quand je demandais à l'un d'eux de poser pour que je pusse le représenter dans mon dessin, il s'approcha à toucher mon visage, et je ne pus lui faire comprendre qu'il était trop près.