Maison de l'ambassade, à Amarapoura.

Là où le plâtre a résisté, les monuments sont en bon état; quand il a disparu, les monuments tombent en ruine. Il va sans dire que tous les ornements sont exécutés en plâtre; ils sont d'un goût et d'un fini qu'on rencontre rarement dans ce pays et dans les Indes.

Myeen-kyan, ville importante entre Pagán et la capitale du royaume, fait un grand commerce; c'est le principal marché à riz de la Birmanie. Les rues étaient très-animées: ici on battait le riz, là on le vannait, plus loin, on l'emballait et on le mettait à bord de grandes barques de cinquante à cent tonneaux, qui emportaient aussi des balles de coton destinées à la Chine. Celui que nous avons vu était sale et court de laine.

Les habitants se pressaient en foule pour voir les navires; ils regardaient par les sabords ouverts, questionnant, plaisantant sur tout ce qu'ils voyaient; qu'on fût à sa toilette ou non, ils ne se dérangeaient point.

Les eaux du fleuve étaient si hautes et inondaient tellement les champs et les prés, qu'il nous fut impossible de juger de l'importance du Kyend-wen, un des affluents de l'Irawady: nous remarquâmes au confluent de ces deux rivières un petit kyaung (monastère), bâti sur pilotis: il avait été construit, nous dit-on, pour les mariniers.

Vallée des puits de bitume.—Dessin de Karl Girardet d'après H. Yule.

Au delà de cette ville nous fûmes témoins de la fabrication indigène du salpêtre. Comme aux Indes, il se recueille ici sur le sol; pendant la saison sèche, on racle la terre à une profondeur de quinze centimètres environ; puis on met ce qu'on a ainsi ramassé dans des espèces de filtres d'osier garnis d'argile à l'intérieur et qu'on monte sur des châssis de bois. On les recouvre de balles de riz, puis on verse de l'eau sur le tout. Cette eau, passant lentement à travers l'appareil, vient tomber dans un vase en terre qui sert de récipient. On répète les lavages deux fois et on porte les eaux mères à la cuisson.