Les quadruples toits, couverts de zinc, rayonnaient comme s'ils eussent été d'argent, et les murs incrustés de mosaïques, de verre et de dorure, étincelaient comme une mer de lumière couverte d'un filet d'or.

Les échelles même qui servent à monter d'un toit à l'autre pour les réparations quotidiennes étaient couvertes d'or et de verreries.

Le long du soubassement régnaient des sculptures assez originales, offrant les types de différentes races: des Birmans, des Chinois, un Anglais. Ce dernier, avec son chien et son fusil, formait une caricature qui ne manquait pas de vérité. À l'intérieur, on voyait aussi des scènes fort curieuses d'animaux conversant entre eux et nous rappelant les illustrations de La Fontaine par Grandville (voir page 276).

Le Maha-comiye-peima, dont le plan général ressemble à la construction dont nous venons de parler, nous fut annoncé comme plus fastueux encore par les Birmans; nous ne voulûmes pas les croire d'abord, mais il fallut nous rendre à l'évidence.

Dans ce monument, les trois clochers ne sont pas dorés, sans doute par suite des guerres civiles de 1852. Le contraste de l'harmonie éteinte du bois de teck avec les masses d'or produit un effet charmant. Les soubassements, au lieu d'être complètement dorés, sont incrustés de panneaux de laque écarlate, avec des bordures sculptées et dorées. Les piliers se rattachent les uns aux autres par des filigranes d'or en forme de croissant, d'un travail et d'un goût exquis. Les encorbellements qui soutiennent les larmiers des terrasses n'ont pas le style de ceux du Toolut-boungyo; ce sont des hommes à têtes d'animaux: éléphants, taureaux, etc. Ces statues, toutes dans différentes attitudes de danse, sont couvertes de dorures et de mosaïques en glaces et en cristaux.

Le balcon de la balustrade est merveilleux. Ce ne sont pas, comme d'ordinaire, des pilastres en bois tourné ou des panneaux sculptés, mais de larges bandes sculptées, s'enlaçant très-artistement les unes dans les autres; à leurs points de rencontre saillissent des sculptures représentant des êtres appartenant au monde des rêves, qui, si elles laissent à désirer au point de vue de l'exécution, n'en sont pas moins très-mouvementées; le long et au bas de ce balcon règne un larmier d'un goût exquis: il consiste en bandes sculptées qui, rappelant le travail du balcon, s'enroulent autour d'écussons.

Des serpents enlacés, écaillés de verres de couleur, avec des bouquets de fleurs en mosaïques de verre de glace, sortant de leur gueule, forment les rampes des escaliers, qui sont dorés. Les piliers sont couronnés de htees qui sont loin de produire l'effet des couronnes impériales du Toolut-boungyo. Les murs des étages supérieurs sont diaprés et fleuris de mosaïques en cristallerie; les larmiers et le faite des toits sont en bois sculpté d'une main-d'œuvre exquise.

On ne peut regarder ces kyoungs sans un profond sentiment d'étonnement. On se demande comment un peuple qui, au point de vue des instruments de travail, a si peu de ressources, en est arrivé à produire des monuments d'un goût et d'un travail aussi précieux.

L'idole colossale apportée du temple d'Aracan est un Gautama dans sa posture habituelle, c'est-à-dire accroupi sur un raja Palèn. Cette statue a environ trois mètres cinquante centimètres. Sa face est brillante et polie, mais le reste du corps n'a plus forme humaine, recouvert qu'il est d'une épaisse couche d'or en feuilles, don des fidèles.

Audience du roi. — Présents offerts et reçus. — Le prince héritier présomptif et la princesse royale. — Incident diplomatique.