—Cette mission, pour moi, est sacrée, me répondit-il, je ferai exprès le voyage pour accomplir votre dernier vœu, et je promets sur mon honneur de gentleman anglais et de chef indien de m'acquitter religieusement de cette sainte mission.
—Alors, écartez ma vareuse, et vous trouverez ce médaillon.»
M'ayant demandé la permission de l'ouvrir, il y attacha son regard humide de larmes, et me dit:
«Je vous trouve bien malheureux de quitter pour toujours cette créature dont le regard attristé semble présager d'avance les dangers qui vous attendaient dans votre périlleux voyage.»
Quelques larmes roulant sur la fourrure de mon vêtement furent ma seule réponse. Dans l'intérieur de la boîte de métal où je gardais cette chère relique, j'avais écrit son nom; après l'avoir lu, l'étranger me demanda avec vivacité si ce nom était aussi le mien, et si je n'étais pas d'origine anglaise.
—Oui, et certes j'en suis fier, lui répondis-je; mes aïeux ayant suivi la fortune des Stuart, abandonnèrent fortune et patrie pour accompagner en France leur roi exilé.»
Il ne me laissa pas achever:
«Mais alors, s'écria-t-il, vous descendez de ce Wogan, dont la valeur a été célébrée par l'auteur de Waverley[5]; et, s'il en est ainsi, moi, descendant de Lennox duc de Richmond, je ne puis voir couler devant mes yeux le sang d'un homme dont les ancêtres ont prodigué le leur pour la cause de mes aïeux. Comptez donc sur Lennox, à la vie et à la mort!»
À ces mots, l'homme dont je venais si étrangement d'apprendre le nom, s'éloigna, suivi des principaux guerriers de sa tribu. J'attendis peut-être un quart d'heure, l'âme et la pensée tournées vers ma patrie, quand je fus tiré de mes réflexions par une rumeur subite qui se fit entendre dans le camp et se communiqua aux guerriers qui entouraient le poteau de mort où j'étais attaché. C'étaient les cris de guerre des tribus qui s'apprêtaient au combat. De l'éminence où j'étais enchaîné, je vis distinctement le brave Lennox groupant autour de lui la tribu qui l'avait adopté pour chef et l'adossant à la lisière de la forêt, tandis que les Timpabaches gardaient le centre de la plaine.
Quelque temps après, je vis les chefs de chaque tribu se rendre au milieu de la savane; leur conférence, cette fois, ne dura qu'un instant; ils s'avancèrent vers moi, et Lennox à leur tête, coupant mes liens avec son poignard, me rendit la vie et la liberté. Je tombai dans ses bras et le pressai sur mon cœur avec l'émotion de la reconnaissance.