Puis se ravisant, il nous invite à loger dans le village. Nous refusons en pensant à la possibilité d'une attaque nocturne. Enfin, sur notre prière de nous indiquer un emplacement où nous pourrions camper, le chef nous fait conduire hors du village et nous nous installons auprès d'un petit ruisseau.
On pouvait espérer qu'il y avait eu mauvaise entente; un mot mal traduit par nos interprètes avait pu froisser sa Majesté, qui nous refusait la permission de séjourner sur son territoire, permission qui nous avait toujours été accordée jusque-là. Notre confiance en nos interprètes n'était plus bien grande depuis que nous avions remarqué qu'ils avaient, à différentes reprises, réussi à s'approprier des cadeaux que l'on nous faisait. Cela leur était d'autant plus facile que, pour converser avec les chefs attiés, il fallait fréquemment se servir de deux interprètes, tellement les dialectes varient de village à village.
Vers midi commença un défilé sans fin de guerriers du pays, le fusil à la main: la force armée était mobilisée. À cette menace d'intimidation, il était nécessaire de répondre; nos tirailleurs reçurent donc l'ordre de faire, chaque matin, le maniement d'armes auprès du camp.
Mais à ce moment, sans vivres, nous ne pouvions nous montrer difficiles et, le même soir, à quatre heures, il nous fallait palabrer pour acheter un bœuf. «Le roi nous le donne, traduit l'interprète, car il reconnaît la supériorité des blancs qui font des fusils, des couteaux, etc....» Cependant, comme nous avons également pour nous la richesse, il nous demande en échange la modique somme de 3 onces ½ de poudre d'or (200 francs). Nous répondons que «nous sommes certainement des êtres supérieurs, mais que ce n'est pas une raison pour nous combler de cadeaux de ce genre». On parlemente: le bœuf, une bête blanche, est, paraît-il, superbe et ne ressemble en rien aux autres bœufs que nous avons pu acheter précédemment. On tombe d'accord pour 90 francs. Nous avions enfin un gîte et des vivres pour réparer nos forces usées par un mois de dur voyage à travers la brousse.
(À suivre.) Dr Lamy.
LA RUE PRINCIPALE DE GRAND-ALÉPÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
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