Le Sénégalais Lamina Touré venait d'être piqué par un serpent qu'il n'avait pu reconnaître, et qui probablement devait être une vipère cornue, reptile très répandu dans l'Attié et que nous rencontrions fréquemment. Un de nos sous-officiers, se disposant à se coucher, avait été fort surpris de trouver une de ces vipères blottie sous sa couverture.

Le blessé, aussitôt mordu, n'avait eu que le temps de se rendre auprès de ses amis, et en leur disant ce qui venait de lui arriver, s'était évanoui; en toute diligence on me l'apportait.

Le venin était déjà en grande partie absorbé, ainsi que l'indiquaient la respiration difficile et irrégulière, le coma dans lequel se trouvait plongé le blessé. Les Attiés, témoins de l'état de Lamina et connaissant le résultat fatal d'une piqûre de vipère cornue, regardaient avec un sourire ironique mes préparatifs d'injection: je ne pouvais avoir d'espoir que dans le sérum antivenimeux du docteur Calmette, dont je possédais quelques flacons dans mes cantines médicales, et je me disposais à l'injecter.

Une première injection faite n'amène aucun résultat.

«Le fétiche pour serpents», me font dire les Attiés, pouvait seul sauver le pauvre blessé. Néanmoins, quelques minutes plus tard je fais une nouvelle injection. Cette fois je constate un mieux appréciable: l'état général est meilleur, et, au grand étonnement des spectateurs, le malade fait quelques mouvements.

Dans l'après-midi le mieux s'accentuait d'autant plus que je venais de procéder à une nouvelle injection.

Après une convalescence de quelques jours, Lamina était complètement guéri. J'étais un grand féticheur!

Le lendemain, le chef Séka, m'amenant force malades à guérir, me demandait d'aller donner mes soins au vieux roi de Mopé. «Mopé? où était-ce?» Le village où nous étions!

Il fallait s'expliquer. De tout cela il résulta que Mopé était bien le nom du village et que Séka-Séka voulait dire grand chef: le roi. D'autre part, le vieux chef malade était le véritable roi du pays, et celui que j'avais devant moi et qui se faisait appeler Séka-Séka avait pris le pouvoir et le titre royal avant la disparition du titulaire. J'accompagnai donc l'usurpateur chez le royal malade auquel j'ordonnai quelques drogues inoffensives: le mal était incurable.

Au retour du commandant, les palabres recommencèrent. On agita surtout la question de notre départ: «Nous ne pouvions rester plus longtemps sur le territoire de Mopé.»