Cela fut dit longuement et quelquefois même avec véhémence par le chef Séka. Les bonnes relations étaient rompues, et moi seul continuai à recevoir de mes malades et surtout du vieux roi quelques cadeaux consistant en ignames, rares poulets et œufs pour fétiches.

UNE CLAIRIÈRE PRÈS DE MOPÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Je reçus, un jour, en cadeau, un grand plat de «foutou» au singe. L'accepter était très simple, mais il me fallut y goûter devant la maîtresse de maison qui l'avait préparé. Je fus très étonné de trouver un goût excellent à ce mets que j'avais toujours refusé d'accepter jusque-là. Tout heureuse de l'accueil que j'avais fait à son cadeau, la matrone me donna en quelques mots la préparation du «foutou» que je savais être le fond de la nourriture des indigènes à la Côte d'Ivoire. Des bananes bouillies à l'eau et écrasées sont mélangées à de l'huile de palme, et quand le tout est bien cuit, on y ajoute quantité de poivre et de piments, et un peu de viande de poulet, de bœuf, de poisson, de singe, suivant l'occasion ou la richesse de la maison.

À Mopé, je remarquai, d'ailleurs, les mêmes usages, les mêmes coutumes que dans le reste de la forêt et que sur les bords des lagunes.

Ici je retrouvai la porte fétiche à l'entrée du village, des arbres et cases fétiches au centre de l'agglomération et à l'intérieur de chaque enceinte particulière, avec les mêmes sacrifices: des œufs, des poulets, etc.

Quant au costume, il ne différait que par de légers détails, étant très sommaire dans tout le pays, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Dans les régions de la côte, les indigènes emploient les cotonnades européennes importées; dans la forêt, les tissus sont de fabrication attiée; aussi le vêtement y est-il encore plus rudimentaire.

Les jeunes filles portent deux colliers de perles, un autour du cou, l'autre autour des reins. À ce dernier est attaché un lambeau d'étoffe qui, passant entre les jambes, se noue devant et derrière. Les femmes ont quelquefois une pièce d'étoffe plus grande, une serviette roulée autour des reins. Les plus riches possèdent des rangées de perles assez nombreuses autour des jambes ou des bras; mais le costume n'en est pas pour cela plus complet. Les petits garçons, moins riches ou moins coquets que leurs sœurs, se contentent d'une ficelle. Quand ils deviennent grands, ils prennent, dans le vestiaire commun à la famille, un lambeau d'étoffe toujours très petit, qu'ils se mettent autour de la ceinture. Souvent ces tissus sont remplacés par l'écorce souple d'un arbre, le «fou» ou «pou», dont ils se font des ceintures, surtout pendant leurs travaux aux champs.