LA GARNISON DE MOPÉ SE PORTE À NOTRE RENCONTRE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Dans l'Attié comme dans tout pays nègre, la femme fait les corvées, rapporte des bananeraies et des champs, toujours très éloignés des villages, le bois, les bananes, les ignames, les grains de palme pour préparer la nourriture pendant que les hommes flânent dans leur cour, font palabre ou chassent, armés de leurs longs fusils de traite; à moins qu'ils ne se rendent chez le forgeron du village, car c'est le rendez-vous des oisifs, les jours, si rares cependant, où l'artiste doit travailler. L'installation est, d'ailleurs, plus que sommaire. Le soufflet? deux troncs d'arbres creusés, fermés à une extrémité par une peau de bête, l'autre ouverture se terminant dans le foyer. Un aide pèse alternativement sur les deux peaux et le vent ainsi produit vient activer la combustion des amandes de palme, qui servent de charbon. L'enclume? une pierre, et le marteau? une pièce de fer quelconque. Les ouvrages ainsi forgés répondent à ce matériel rudimentaire, et bien qu'imparfaits, suffisent à placer l'artisan en haute estime parmi ses concitoyens.

Les femmes s'occupent toute la journée de leur intérieur et des soins du ménage. La plus grande propreté règne à l'intérieur de leur habitation; à l'extérieur, la rue principale et les alentours du village ne présentent pas la moindre ordure.

Après avoir donné ses soins aux enfants, la mère se rend dans une partie retirée de la maison et procède à un lavage minutieux de son corps tout entier. Pour cet usage, elle se sert d'une éponge faite avec les fibres de la tige du bananier que l'on a mise tremper dans l'eau et ensuite battue longuement.

Le savon ne lui est pas inconnu. Elle sait le fabriquer en mélangeant des cendres de peaux de bananes avec de l'huile de palme. Ce savon en forme de boule grisâtre est très fort et nettoie très bien. Aussi pour prévenir l'irritation possible de la peau, si les frictions au savon ont été trop fortes ou répétées, elle s'enduit le corps d'huile de palme, et, si elle est coquette ou doit tenir son rang de femme de chef, se recouvre la poitrine et la gorge d'une résine parfumée.

Les jours de fête ou de deuil, les ablutions sont de toute nécessité, et la toilette est encore plus soignée. Aux onctions d'huile de palme, succèdent des applications de peinture sur diverses parties du corps et de parfums aux odeurs fortes, mais souvent agréables.

Pendant tout notre séjour dans la forêt, j'ai remarqué la déférence et le respect avec lesquels nous étions reçus par les chefs et les habitants des villages. Leur respect et leur adoration pour les blancs proviennent, sans doute, de ce qu'ils nous reconnaissent une intelligence élevée et une supériorité indéniable, se manifestant dans nos ustensiles les plus communs, les vêtements, les fusils, etc.

Mais cette admiration est également accrue par la légende répandue dans tout le pays attié sur les blancs qui, d'après elle, seraient des êtres supérieurs, vivant dans l'eau, d'où leur couleur, où ils sont privés de femmes: ils nous voyaient toujours sans compagnes. De là leur crainte de nous voir enlever leurs épouses et leur interdiction à ces dernières d'approcher de nos campements.

Et cependant, si j'en juge par les palabres dont j'ai pu être témoin, la vertu des femmes ne paraît pas une obligation. Des fautes graves se rachètent très facilement au moyen d'une amende souvent légère. Je ne sais même pas si ces amendes ne constituent pas une sorte de commerce. La coutume veut qu'en ce pays l'épouse qui a péché vienne avertir le mari en dénonçant son complice. Ce dernier est condamné à réparer le dommage et, sitôt l'amende reçue, le mari, trop heureux de ce cadeau si mérité, quitte la palabre en compagnie de l'épouse infidèle qui a su cependant se rendre utile à la communauté.