En général, les femmes sont admises aux palabres, mais elles n'y ont pas voix quand il s'agit d'une discussion d'intérêt général.
Le roi ou chef du pays, qui doit rendre la justice ou diriger les débats, n'a pas toujours une bien grande autorité sur ses sujets; l'influence qu'il possède est très souvent méconnue dans les réunions publiques, et c'est ce qui explique la difficulté que nous avons maintes fois rencontrée pour nous procurer des vivres, des porteurs. Le chef n'était pas toujours obéi, surtout quand il commandait aux jeunes gens; les anciens nous ont été, en général, moins hostiles, et c'est souvent grâce à eux que, dans les cas difficiles, les relations n'ont pas été rompues.
Cette déférence du roi et des anciens pour nous, pour un blanc en général, se révèle dans cette coutume qui veut que le chef du village, dans lequel vous arrivez, vous apporte un cadeau quelconque: un animal, des aliments, et dans ce dernier cas, il se croit obligé d'en goûter devant vous avant que vous en mangiez. Si c'est du liquide, de l'eau, du vin de palme, il en verse quelques gouttes à terre comme offrande aux fétiches, puis en boit lui-même quelques gorgées et vous passe ensuite le reste. Vous devez agir de même si vous offrez du vin, du gin. Cette simple cérémonie est une preuve de la pureté des intentions de celui qui fait le cadeau; il ne faut pas oublier, on effet, que dans ce pays le poison est en grand honneur.
Suivant une autre coutume, le chef doit accompagner le voyageur de marque, le blanc, qui traverse le pays, jusqu'à l'extrémité du village et même plus loin. À cette occasion, une femme du chef dépose une nouvelle offrande: œufs, poulet, à la porte fétiche que l'on vient de franchir, ou plus loin sur une tombe près de laquelle on passe dans la brousse.
FEMME DE MOPÉ FABRIQUANT SON SAVON À BASE D'HUILE DE PALME ET DE CENDRES DE PEAUX DE BANANES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Dans l'Attié, les défunts sont enterrés loin des habitations, dans un endroit isolé que l'on débroussaille et sur lequel on vient déposer des poteries et des cadeaux à la mémoire de celui qui n'est plus.
Les funérailles se célèbrent avec grande pompe, comme je pus le constater pendant que nous étions installés à Mopé.
Un jour, de grands cris s'élèvent dans tout le village: des hurlements, des pleurs; comme des fous, les habitants courent de tous côtés. Le frère de Séka, successeur désigné au trône de Mopé, venait de mourir subitement.