Toute la journée ce fut un tam-tam continuel; la nuit, au lieu d'y mettre un terme, ne fit que redoubler le tapage. Le lever du soleil fut salué d'une pétarade nourrie et de cris de plus en plus forts et nombreux. Des environs arrivent les guerriers, puis les parents et les amis du défunt. On abandonne complètement les travaux des champs où l'on ne va même plus chercher du vin de palme, des bananes. Je ne sais si l'on a le temps de manger. En tout cas, il est défendu de rien prendre: tout le pays est en deuil.

DANSE EXÉCUTÉE AUX FUNÉRAILLES DU PRINCE HÉRITIER DE MOPÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

La curiosité me poussant, je me rendis au village. Une foule compacte emplissait la rue centrale. Des groupes de guerriers, fusil en main, entourant des barils de poudre de traite, chargeaient leurs armes jusqu'à la gueule: c'était miracle qu'il n'y eût pas d'accident. Des personnes, la figure enduite de couleur blanche, se frappaient la tête contre le mur en hurlant.

Auprès de la maison du chef, il était impossible de passer. Les tam-tam de guerre, longs de 2 mètres, creusés dans d'énormes troncs d'arbres, résonnaient sous les coups redoublés des nègres. Un chant monotone sortait de toutes les poitrines, pendant que quelques forcenés exécutaient la danse funèbre.

À tout instant la foule grossissait, et de nombreux guerriers, le chien du fusil relevé, défilaient auprès de la maison du mort.

Quand le soleil marqua le milieu du jour, le tumulte s'arrêta comme par enchantement, et l'on fit cercle sur une place auprès du village: d'un côté le chef Séka entouré de toute sa famille, de l'autre le grand féticheur ayant derrière lui les habitants du village. On allait faire fétiche ou plutôt boire le poison d'épreuve.

Allou m'expliqua de son mieux la raison et le sujet de la cérémonie à laquelle j'assistai à l'écart derrière un palmier. «La mort ne pouvait être naturelle, me disait-il. Nécessairement, étaient accusées d'avoir tué le frère de Séka, les personnes y ayant intérêt, c'est-à-dire les membres de la famille du défunt qui pouvaient espérer devenir un jour roi de Mopé.»