Le grand féticheur s'avance au milieu du cercle formé par les assistants et fait apporter par un jeune garçon, complètement nu, les appareils de la cérémonie: un grand mortier avec son pilon en bois dans lequel on doit mélanger le «foutou» de bananes cuites avec la décoction de l'écorce à poison contenue dans une terrine en terre du pays.
À grands cris et avec force gestes, le féticheur explique qu'il existe un coupable et que le poison doit le faire connaître. Si la mort a été naturelle, le poison sera sans effet sur ceux qui en boiront, sinon le meurtrier sera dévoilé et puni. Séka répond que tout est convenu.
«Le foutou est préparé, reprend le féticheur, qui va le manger?»
Personne ne bouge, hormis le jeune aide du féticheur qui, revenant avec une noix de coco en guise de coupe, se met en devoir de verser le poison dans le mortier et de le mélanger aux bananes.
De nouveau, le féticheur répéta son invitation: «Qui va le manger?»
Un silence terrible s'étend sur toute l'assistance, et j'entends à peine le pauvre Allou, tremblant lui aussi, me souffler: «Si quelqu'un mange, il est mort.» C'est en effet l'écorce rouge du tali qui a servi à la préparation, et tous savent que ce poison ne pardonne pas.
En tournant en cercle devant les assistants terrifiés, le féticheur pousse des cris, de véritables rugissements pour solliciter un aveu des assistants. Au milieu de ses hurlements de plus en plus violents, on peut reconnaître les noms de différentes personnes présentes, mais nul n'y répond.
Tout à coup il s'arrête, et de la main indique, auprès du chef, un noir de forte taille. Celui-ci ne peut se dérober. Il se lève, et le frisson qui parcourt toute l'assemblée me fait également trembler malgré moi: je vais donc assister au poison d'épreuve.
Le condamné s'approche de Séka, lui parle à l'oreille, et tous deux, suivis de leur famille, se retirent derrière les palmiers voisins, pendant que le féticheur fait entendre des imprécations de plus en plus terribles.
«Écoutez, cria Séka, qui revient accompagné de sa famille, au milieu de l'assistance, après une absence de plus d'un quart d'heure, écoutez! le fétiche n'a pas menti. Le coupable désigné avoue avoir tué mon frère, et je le condamne à offrir un bœuf et dix bouteilles de gin à la mémoire du défunt!»