C'était très simple: la crainte de la mort venait de se faire reconnaître coupable d'un crime imaginaire le premier indigène désigné par le féticheur.

Déjà le bœuf immédiatement amené est dépouillé, dépecé. C'est la curée! Chacun en veut une part et la vue du sang excite les désirs et augmente la clameur. Les fusils partent d'eux-mêmes, les tam-tam recommencent et nous devons, cette nuit encore, ne jouir que d'un repos relatif.

Le lendemain, le vacarme est toujours le même. Vers midi, les féticheuses se couvrent de fibres d'écorce, de peinture blanche et se ceignent la tête de branches; elles se réunissent aux femmes du pays et aux parentes du défunt, qui, également peintes en blanc, transportent le mort auprès d'un ruisseau pour procéder à la toilette mortuaire en lui faisant des ablutions. Cette cérémonie dure environ trois heures. Puis le défunt est ramené chez lui où il est embaumé. Les parfums en usage sont mélangés à différentes couleurs avec lesquelles chaque femme agrémente, suivant son caprice, les diverses parties du corps de l'époux.

Les funérailles ne prennent fin que cinq jours plus tard, paraît-il. Les autres cérémonies nous ont été complètement cachées. Pourquoi?

Au dire de mon boy Allou, un chef de cette importance ne peut s'en aller seul en terre. Il faut lui donner des compagnes et pour cela, dans la tombe, on précipite, décapitées, quelques épouses par trop fidèles. Sur ce sujet il m'a, d'ailleurs, été impossible de me renseigner, car le 3 mars, je reçus l'ordre de partir pour Bettié où notre convoi de vivres était toujours en détresse.

TOILETTE ET EMBAUMEMENT DU DÉFUNT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

De Mopé à Bettié, il y a trois jours de marche. Afin de gagner du temps, je doublais les étapes, espérant faire la route en deux jours, si possible. Le lendemain au soir, le lieutenant Macaire et moi nous étions les hôtes de Bénié Coamé, roi de Bettié et autres lieux. Le palais où nous sommes reçus n'est pas royal; construit en planches, il possède une toiture en tôle aux ouvertures innombrables.

Politique et commerçant, Bénié a su profiter de ses relations avec les premiers explorateurs qui ont été ses hôtes. Puissant par lui-même et devenu l'ami de la France, il a su, par son commerce, accroître encore son influence. Bettié, sa capitale, était d'ailleurs très bien placée, tous les produits du Nord passant par ce point pour descendre par le Comoé. À chaque colis, une légère redevance est perçue par Sa Majesté qui, de cette façon, s'enrichit chaque jour.