Bénié fait venir de France ce qu'il voit, tout ce qui lui plaît. Sa maison n'est qu'un grand bazar: boîtes à musique, fusils, etc. Il a beaucoup de femmes, plus d'enfants encore. C'est un grand roi.

Chaque jour il fait palabre et son plus grand plaisir est, en compagnie du chef de poste, représentant du Gouvernement français, de présider une fête en costume de riche musulman ou de colonel d'artillerie.

JEUNE FEMME ET JEUNE FILLE DE MOPÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

De nombreuses caisses de vivres pour la Mission se trouvaient déjà réunies au poste de Bettié; mais il y en avait encore beaucoup à Malamalasso. Le roi Bénié, qui était chargé de les faire transporter par ses sujets, me répondit qu'il faisait son possible, mais qu'en ce moment les Français devenaient bien exigeants. Ses voisins, les chefs attiés, habitant le long du Comoé n'avaient jamais voulu nous obéir et nous ne leur imposions pas de corvées: ils vivaient en paix. Lui avait fait un traité avec nous, lors du passage de son ami Binger, et depuis lors, c'étaient tous les jours des corvées, des plaintes, des amendes....

Il avait peut-être raison. Je ne le lui dis pas, et l'appelant grand roi, lui fis comprendre que les honneurs devaient quelquefois se payer, et qu'en tout cas, je comptais sur lui pour me fournir les trois cents porteurs dont j'avais besoin.—Impossible. Il devait monter les vivres pour les troupes de l'Undénié, fournir des travailleurs pour la construction du télégraphe, etc....

Je décidai donc d'aller moi-même m'occuper du transport des dernières charges délaissées.

Malamalasso est le point extrême de la navigation du Comoé pour les pirogues qui y déchargent leur contenu. Les charges sont transportées par terre de Malamalasso à Daboissué, et de là, elles reprennent la voie fluviale jusqu'à Bettié. Accompagné du fidèle Allou, je quittai Bettié un beau matin, et descendis le fleuve jusqu'à Daboissué. De là, une route magnifique devait nous conduire, le soir, à Aponokrou, et le lendemain à midi, à Malamalasso.

Après un déjeuner sommaire à Daboissué, nous nous mîmes en route sous un soleil de feu. Un orage était imminent et rendait la marche fatigante.