Le chemin avait dû être excellent autrefois et ombragé, si j'en jugeais par les arbres nombreux et touffus qui encombraient le sentier. On installait le fil télégraphique qui doit relier les postes du nord de la Côte d'Ivoire à Grand-Bassam et pour cela, il fallait abattre, sur une largeur de 20 à 30 mètres, tous les arbres que l'on ne conservait pas pour supporter le fil. J'arrivais un peu trop tard.

De midi à huit heures du soir, heure à laquelle je parviens exténué à Aponokrou, il nous faut escalader des branches, ramper sous des troncs, passer en pleine brousse; à chaque pas, il y a un obstacle à franchir. On s'énerve, on s'impatiente, mais inutilement. Une pluie silencieuse nous surprend au milieu de cette étape fatigante, et c'est pour nous un soulagement de recevoir cette douche bienfaisante.

ROUTE, DANS LA FORÊT TROPICALE, DE MALAMALASSO À DABOISSUÉ. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Dans la case sous laquelle je m'abrite, je puis espérer prendre un repos bien mérité, mais je suis à peine au lit que les rats se lèvent et courent de tous côtés, les moustiques volent et piquent, pendant qu'au dehors des crapauds, à la voix puissante, font un charivari énorme, alternant avec les porteurs qui se battent, racontent des histoires interminables jusqu'au matin, ou jouent, sur une flûte à deux trous, le même air pendant toute la nuit.

Au matin je me lève et reprends la marche pour arriver à Malamalasso avant déjeuner. Ce n'est pas un village: un simple point de débarquement et de transit. Quelques cases y servent d'abris pour les porteurs qui n'y font que passer, prennent leur charge et s'en vont. Mais que la nature y est jolie et que l'on est récompensé des fatigues du voyage, quand, du haut des roches de Malamalasso, on peut admirer le Comoé coulant au milieu d'une forêt splendide, au sortir des défilés énormes où les chutes succèdent aux rapides infranchissables, empêchant toute navigation!

Le Mala-Mala, un ruisseau qui se jette dans le Comoé, vient ajouter le bruit sonore de sa cascade aux sourds roulements du fleuve.

Le paysage est enchanteur et repose le voyageur qui, depuis plusieurs mois, ne connaît que les sentiers de rocailles et d'humus, sous une voûte qu'aucun rayon de soleil ne vient égayer. Mais il faut partir, et le retour à Bettié n'est que le signal de mon prochain départ pour rejoindre la Mission.

La disette n'a fait que s'accentuer à Mopé; aussi, dès que les études et levers seront terminés, le commandant donnera l'ordre de redescendre vers Grand-Bassam. Je dois quitter Bettié le plus tôt possible avec le convoi de vivres et rejoindre la Mission à Adokoï. Pendant mon absence de Mopé, le capitaine Crosson-Duplessis a parcouru le Morénou, et le capitaine Thomasset vient de pousser une pointe vers le Baoulé et doit aller, si possible, jusqu'au N'zi.