BÉNIÉ COAMÉ, ROI DE BETTIÉ ET AUTRES LIEUX, ENTOURÉ DE SES FEMMES ET DE SES HAUTS DIGNITAIRES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Tels sont les renseignements que me donne une lettre parvenue à Bettié. J'explique au roi la situation et lui demande, pour le lendemain, trois cents porteurs. L'annonce d'un cadeau digne d'un roi de son importance décide Sa Majesté qui, le lendemain, à l'heure convenue, tient à assister au départ du convoi.

Les indigènes de Bettié, de race agni, sont les ennemis des Attiés; ils devaient donc me porter les charges jusqu'au premier village attié, et de là, revenir chez eux. Ce même soir nous y couchions; mon boy Allou et moi, nous étions les seuls gardes de tout le convoi.

Le lendemain, dès quatre heures du matin, sur la grande place du village de Kong, je faisais palabre avec le chef, espérant pouvoir partir vers six heures, et, à marche forcée, me rendre à Adokoï, lieu de rendez-vous avec le reste de la Mission.

«Il faut trois jours pour aller à Adokoï», me traduisait Allou; le chef fournira les porteurs pour trois pièces blanches (3 francs) par jour.»

Nous discutons longuement: le prix fait est de deux pièces. Je me hâte, et aux yeux des habitants, puise dans la caisse à argent le nécessaire pour placer sur chaque charge les 2 francs promis. Quand tout est terminé, je donne le signal du départ. Personne ne bouge. «Ils ne veulent pas», me dit Allou. Je ne le voyais que trop.

Le soleil était déjà haut dans le ciel. Exaspéré de ce refus et de ce nouveau retard, je bouscule le chef. À l'instant, la place est déserte, les femmes rentrent chez elles et quelques guerriers ont déjà le fusil à la main. Allou tourne vers moi des yeux résignés, il se croit à son dernier jour.

Je ne pouvais penser à imposer ma volonté. Allou fut dépêché de nouveau au chef, lui apportant un cadeau.