Il était onze heures, l'heure du déjeuner. L'appétit avait disparu, et courant à la suite de nos trois cents porteurs, Allou et moi, nous disions que le dîner du soir serait bien accueilli.

Le soir à huit heures, nous arrivons sur les bords de la rivière Mé. Le campement fut établi dans une île de sable, au milieu du lit presque à sec de la rivière, et un lourd sommeil réparateur nous faisait oublier les fatigues et les émotions de la journée. La nuit était calme et douce, rien ne vint troubler notre repos.

Sans attendre le lever du soleil, nous reprenons notre marche précipitée que venaient retarder des obstacles de tout genre. Sur la rive droite de la rivière Mé, le sentier n'existait plus: de tous côtés, sur plus d'un kilomètre, le sol avait été défoncé pour la recherche de l'or, et quelques puits, d'une profondeur de 4 à 5 mètres, témoignaient d'un travail récent au milieu des nombreuses fosses creusées par les générations précédentes.

Demander à mes porteurs des renseignements sur la richesse en or de ce terrain était inutile. Je n'en aurais obtenu aucune réponse: la recherche de l'or est fétiche. On ne peut y travailler à sa volonté, ni même en parler librement.

D'ailleurs, le temps n'était pas aux palabres, et il nous fallait continuer notre marche ou plutôt notre course jusqu'à Adokoï. Nous y arrivons, le soir, à la nuit tombante.

Au campement, j'apprenais le départ de Mopé, départ pris par les indigènes pour une fuite déguisée, et la perte de plusieurs de nos cantines de voyage. Dans ce cas, perte pourrait signifier vol. Ces cantines en métal avaient excité les désirs du chef Séka qui, à différentes reprises, n'avait pu cacher son admiration pour notre mobilier peu luxueux cependant. Séka fournit les porteurs nécessaires, mais à l'arrivée à Adokoï, le commandant constatait la disparition du convoi des cantines si enviées.

Immédiatement, pendant la nuit, des tirailleurs repartaient pour Mopé, entraient dans le domicile privé de Séka qui, fort surpris de l'arrivée inopinée de notre force armée (il nous croyait en fuite), s'excusa humblement de ce retard, bien involontaire, dans le transport des bagages.

Dans la matinée, cantines et tirailleurs étaient de retour à Adokoï.

D'autre part, je constatais un vol assez important d'argent commis pendant le transport de mes charges de Kong à Adokoï. Nous ne pouvions songer à punir les voleurs déjà rentrés dans leurs villages. De plus, le vieux chef Leliépi, toujours dévoué, nous apprenait que les tam-tam de guerre résonnaient dans tout l'Attié contre nous. «Nous revenions sur nos pas, disait-on, nous avions donc peur d'avancer», et tous se préparaient à nous attaquer.