En Zélande, il n'y a ni culture ni industrie. Par conséquent, il ne saurait s'étaler, comme chez nous, de ces amas de légumes, d'œufs, fruits ou fleurs, autour desquels se pressent les ménagères.
MIDDELBURG: LE FAUBOURG QUI PREND LE CHEMIN DU MARCHÉ CONDUIT À UN PONT (page [411]).
En Zélande, le paysan ne produit guère que du lait, du beurre, de la betterave et de la pomme de terre. Le lait et le beurre sont portés aux clients par les boerin, ainsi que nous l'avons indiqué. La betterave s'en va aux usines par les bateaux.
Le terme de marché, appliqué à la réunion hebdomadaire que je vis là et qui se perpétue, serait donc assez impropre. Sous le prétexte de vendre quelques vagues kilogrammes de beurre, les braves gens viennent à la ville faire leur petit tour hebdomadaire, pour y rencontrer des connaissances, présider à quelques emplettes, fumer des pipes devant l'Hôtel de Ville, et rêver, les mains dans les poches, en une salle de billard, devant un glass beer de haute taille, au bruit sec des billes maniées par des joueurs silencieux.
Quel calme! Ce peuple, nourri de fécules et de graisse, n'a pas de nerfs. Large, lourd, gros sans obésité, ne connaissant point la misère, il rappelle ces bonzes chinois accroupis en des chaises de rotin, qui tournent, yeux béats, les pouces sur leur ventre, en une contemplation ravie, insoucieuse des heures.
Les hommes se groupent à un angle de la Place, afin de se confier leurs impressions sur le cours des bestiaux ou des betteraves, la santé de leurs enfants. En quelques mètres carrés, il y a là une réunion de types à faire frémir d'allégresse les descendants des Téniers, Van Ostade ou Potter, les bons peintres défunts.