UNE MÈRE, SONGEUSE, PROMENAIT SON PETIT GARÇON (page [412]).

Des groupes d'Anciens, en culottes courtes, bas chinés et chapeaux marmites, le visage ras, encadré de touffes chenues, reportent l'esprit à des siècles en arrière.

Ces Anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi, contrastant avec l'épaisseur des jeunes, et montrant que la vieillesse attend surtout les individus aux muscles secs.

De cette lourdeur générale, il serait malséant de déduire une intelligence bornée. Le Hollandais est instruit; il lit peu, mais retient beaucoup. Sa bonhomie, ses façons massives ne sont souvent qu'un vêtement: il faudrait, avant de s'y fier, expliquer le sourire imperceptible qui plisse parfois son œil rond et bleu, sa lèvre molle sans rides. Il a ce qu'on appelle le courage contre les choses, composé de bon sens et de calcul. La lutte séculaire entreprise contre la mer et les fleuves dévastateurs, lui a donné une grande persévérance, une patience sans bornes, véritable force d'inertie. Il est actif; mais son activité, peu turbulente, se manifeste par un travail silencieux, soutenu, régulier.

Économe, il reste simple, même dans l'opulence, et ne manifeste sa vanité qu'aux grandes occasions, souscriptions publiques, noces ou kermesses.

Quand le paysan hollandais marie sa fille, par exemple, il donne un repas considérable... Autrefois, les fêtes d'épousailles étaient entrées dans les mœurs à un point tel qu'une loi dut intervenir pour fixer le nombre des violons, la valeur des cadeaux, le prix du couvert.

Par deux ou trois, les métayers stationnent en des entretiens minutieux, prononcés à voix neutre, cependant que la fumée des cigares argente leurs yeux, ou bien, à pas lents, ils vont vers l'estaminet, et continuent leurs confidences, assis le long du mur.

L'estaminet, ou plutôt la salle de billjard, ressemble de loin à nos auberges ou à nos cafés. Tout l'espace est pris par le billard énorme, percé aux quatre angles. Dans un coin, une table ronde, couverte d'un tapis à ramages, avec ce qu'il faut pour écrire, des chaises bien alignées, sont les seuls meubles réservés aux clients sages.

On pourrait donc croire, quand on entre là, pénétrer au domicile d'un particulier qui vous offrira le verre de l'amitié, les coudes sur le bois.

Sur la Place, décidément, il n'y a que des hommes. Où vont donc les femmes?... J'avise un trio de ménagères qui s'éloignent, panier au bras, et je les suis. Elles m'amènent bientôt à une vaste cour, entourée d'un cloître, au milieu duquel un vieil ormeau jette son ombre.