Autre part, je rencontre, à l'orée du village, un couple minuscule, composé d'un petit garçon et d'une petite fille. La petite fille, très goguenarde, très maman, gourmande le petit garçon, d'une voix de basse-taille, et veut le retenir sur le chemin de Westkapelle, où le téméraire Guillaume veut s'engager. Elle le tire de toutes ses forces par un pan de sa veste, et l'on reconnaît en elle la future vronwtje, retenant son époux qui veut s'en aller courir le canal..., souci adorable.

Un galop sonore... Qu'est-ce que c'est?... Un homme aux yeux bleus, dans une figure réjouie, revient des cultures avec ses deux chevaux, sa femme et ses servantes. Il salue, puis saute à terre, de plus en plus réjoui, montre ses bêtes, fort en point, désigne mon instrument, pose une main sur sa poitrine et l'autre aux naseaux des animaux, et donne à entendre que le tableau doit être d'une beauté remarquable.

Avec un sourire, j'exécute trois pas en arrière, deux à droite, un à gauche, murmure une approbation, et lâche le déclic de mon obturateur.

—Atchoum! éternue le cheval numéro un.

Le cavalier, décidément au summum de la satisfaction, me communique des impressions, hélas! incompréhensibles, et repart avec un geste de: «À tout à l'heure, attendez-moi!»

Intrigué, je contemple l'église, nue et triste, le champ verdoyant où l'on enterre les morts sans apparat ni signes funéraires (ce qui vient de la terre doit retourner à la terre, sans plus... la philosophie hollandaise est en ce sens), et je me prépare à grimper sur la dune, quand de nouveau un triple galop résonne: j'aperçois mon cavalier réjoui, amenant trois coursiers nouveaux. Il parle; il descend. Il se campe près de l'un et déclare qu'il me faut continuer mon jeu de massacre.

—Tu abuses! mon cher, réplique-je en dialecte de France.

Et pour m'en débarrasser, je lui tourne la tête vers le large, et je feins de le saisir.

Par trois fois, pour les trois chevaux, je réitérai la farce; puis je reçus une adresse, calligraphiée au crayon, en même temps qu'une démonstration de satisfaction absolue.

—Tot, werziens, tot, tot... (Au revoir, à la prochaine!)