Je montai sur la dune. Les enfants sortis de l'école sabotaient en chœur, plouf, plouf, toc, toc.... Il était nécessaire de les attirer par quelque chose d'insolite. Brandissant ma casquette, je me mis à courir avec des mouvements de bras, le visage tourné vers la mer, comme si j'étais témoin d'un spectacle extraordinaire.

Cette extravagance aiguisa les curiosités. Par tous les sentiers, les marmots se juchèrent, les uns tirant les autres, s'embourbant dans le sable. Je courus à la grève, jusqu'au bord des vagues. Ils me suivirent. Là, je sortis soudain de ma poche une poignée de cents. Ils se ruèrent en avant. Je ramassai le billon. Une partie se sauva, effarée; le reste, composé de filles, se tint en rond, tendant leurs frêles bras nus.

JE RENCONTRE À L'ORÉE DU VILLAGE UN COUPLE MINUSCULE (page [421]).

—Houp! criai-je; dansez, devant moi!

L'une entonna une chanson, et les voilà parties, bleues et roses sur le ciel mauve, devant l'horizon glauque, fraîches dans la fraîcheur matinale.

Après cinq minutes de travail, les petiotes m'entourèrent, et je déposai dans les paumes roses les piécettes attendues. Puis elles prirent leur vol comme des bergeronnettes, me rappelant qu'il était l'heure du déjeuner.

Sur la dune, l'hôtesse me cherchait. Les poings aux hanches, elle entama un grand discours en montrant sa bouche, ses dents et son estomac, organes opulents. Je l'accompagnai dans la petite salle aux murs de faïence à fleurs bleues, où une serviette écrue impeccable supportait une série de plats en porcelaine blanche à couvercles, d'un aspect engageant. L'hôte, béat, souffla une abondante fumée de nicotine, et se dandina en m'apportant un glass beer (verre de bière). Solennellement, le palais déjà excité, j'ouvris le premier plat: un bifteck raccorni nageait dans la margarine... J'ouvris le second: des carottes tamisées... J'ouvris le troisième: des pommes de terre bouillies... J'ouvris le quatrième: des hachures de choux fleurant l'essence d'héliotrope blanc.....

L'hôtesse souriait divinement, remplie de fierté. Désolé, j'égouttai le bifteck, et le dévorai en silence, à grand renfort de bière, de lait, d'œufs et de tartines beurrées... Ô cuisine hollandaise! que de tracas tu m'as occasionnés! Tu n'as d'égale, je crois bien, que le pablas espagnol, le jambon allemand ou le couscous arabe.