Une partie de la Hollande, comme l'on sait, est située fort au-dessous du niveau de la mer, et même des rivières, ce qui explique les travaux de toute nature, insignifiants en apparence, colossaux après examen, dont les indigènes ont couvert le pays.

Avant la naissance du Rhin, les Pays-Bas étaient une mer. Un beau jour, les Ardennes, battues en brèche par les lacs emprisonnés dans leur giron, cédèrent sous leur force irrésistible, et s'ouvrirent devant les eaux, projetant leurs parois émiettées à des distances prodigieuses. Le Rhin, nouveau cours d'eau, dessina alors la Néerlande, selon son bon plaisir, avec l'aide de la Meuse et de l'Escaut.

Apportant avec lui des alluvions incessantes, il fit reculer peu à peu l'océan, jusqu'à ce que celui-ci prît sa revanche et trouvât pour l'arrêter une race d'hommes advenus. Le Rhin, affaibli par ses confluents, serait mort parmi les sables, si le génie de ces lutteurs ne lui eût porté aide.

La force d'immobilité de la mer opposée à la force des eaux courantes, la tendance des fleuves à ensabler leurs embouchures, la violence des vents, l'abondance des pluies, des dégels, firent ensuite refluer et déborder les trois fleuves, qui laissèrent peu à peu dans le pays des marais, des lacs, qu'il fallut drainer, écouler, endiguer.

L'histoire des inondations hollandaises, par suite, est longue et lamentable; sans les Hollandais, la Hollande n'existerait pas; sans leur vigilance incessante, elle deviendrait bientôt un désert aquatique.

De Middelburg en Zélande, jusqu'à Amsterdam et Hoorn, la terre, plate à l'infini, est coupée de canaux innombrables, de ponts, de ruisseaux, de marécages et de prairies spongieuses où les animaux enfoncent parfois jusqu'au jarret.

Qu'on imagine un damier invraisemblable, strié en tous sens de routes liquides où se reflètent des nuages incessants, des maisons colorées, en bois souvent, des moulins et des troupeaux.

D'étroits chemins pavés de briques côtoient les grands canaux, et relient les villes et villages.

Peu ou point de labour. Le pâturage suffit presque à nourrir l'habitant de lait onctueux, de fromage et de biftecks.