Je possède trois bateaux, et je fais campagne entre Goes et les villes des Îles, jusqu'à Rotterdam. Je passe tous les deux ou trois jours à Wemeldingen, et cela sera très commode, car je trouverai pour m'attendre, une jolie ménagère. La noce doit se célébrer dans un mois; on fera une bombance sérieuse; nous aurons des violons, des rubans, du genièvre, du bœuf et de la bière noire.
LA DIGUE DE WESTKAPELLE (page [428]).
Reneetje tricote toujours. En Hollande, on ne tricote pas comme en France, du bout des doigts. Les travailleuses ont à la ceinture un étui en bois ciselé; elles y adaptent une aiguille, et la laine se transforme en mailles avec une rapidité déconcertante, accompagnée d'un ronflement continu.... Reneetje tricote. J'esquisse son portrait. Elle s'arrête par moment, pour reposer ses phalanges, et regarde candidement, sans hardiesse ni timidité, le Monsieur français dont la barbe l'impressionne.
L'aînée, une belle blonde, survient, et me fait signe de la suivre. Elle me conduit à une salle, et me montre la table où s'alignent cinq plats de porcelaine à couvercles, du lait, du thé et du beurre.
Je soulève en tremblant ces couvercles trompeurs, et je défaille à l'odeur parfumée qu'exhalent les douceurs confectionnées à mon intention. Mais il faut être brave, car, à tout instant, la porte s'entrouvre, et l'un des cinq minois vient jeter un coup d'œil sur mes opérations. Je me sens environné de regards.... Sûrement qu'aux serrures, à la fenêtre, ils luisent, pour me forcer à avaler ces choses-là. Je cherche à me résigner, mais je suffoque et je me contente de manger le bifteck, la bouillie et le pain, dont le goût est rationnel.
La soirée s'écoule pesamment. Un jeune instituteur, sachant des bribes de français, d'anglais et d'allemand, m'a entretenu de ses projets d'avenir, de sa libre pensée et de sa famille. À onze heures, les clients se lèvent et sortent. Seul, un petit vieux tout rond, dont j'avais remarqué l'entrain au billard, demeure assis, ronflant sereinement.
L'aubergiste le secoue; peine perdue. On lui crie à l'oreille; il ne bouge pas. On le met debout; il ouvre des paupières molles, et manque de s'écrouler. On le dirige vers la porte; mais il fait trois pas et s'étale sur le plancher, comme frappé de mort. Son crâne blanc, orné de mèches jaunes, heurte le parquet brutalement, et il demeure raide, retombé dans le sommeil....
Les cinq boerin s'effraient sincèrement, et joignent les mains. Le père, ennuyé à cause de la police, inonde d'eau le visage pâle du pochard, tandis que la mère me confie des histoires certainement intéressantes, mais dont je ne saisis pas le moindre sens.