AVEC LEURS FIGURES RONDES, ÉPANOUIES DE CONTENTEMENT, LES PETITES FILLES DE VOLENDAM FONT PLAISIR À VOIR....

Les canards, parqués par milliers en des enclos de bois, assourdissent de leurs cris saccadés, et la vie locale se concentre sur le môle, où les hommes déambulent autour du bâtiment des criées.

Sont-ce donc là les descendants des fameux marins néerlandais qui remplirent jadis le monde de leurs exploits, lorsqu'ils se déclaraient les balais de la mer, et qu'ils résistaient aux flottes de France et d'Albion?...

Mon Dieu! oui, ce sont eux, et leur apathie apparente cache sans doute une force de résistance étonnante. N'est-ce pas par eux que la Néerlande s'est formée, a grandi, a vécu?... Ce pays plat, humide, manquait de blé, de pierre, de bois; ils lui ont procuré ces choses nécessaires à son existence par l'échange de butins maritimes. Ils ont joui de la mer et de ses richesses et en jouissent, à la façon d'un vaste grenier rempli de réserves.

Selon la nature des poissons qui fréquentent les parages de chaque port, la pèche se divise en plusieurs branches. Le hareng, toutefois, par son abondance et par son renom passé, semble bien être, avec la tourbe et la tulipe, un produit national.

Les Hollandais distinguent trois espèces de harengs: le hareng pec ou caqué (caquer un hareng, c'est l'ouvrir avec un couteau et l'étaler par couches dans des barils sur du sel); le steur haring, pêché sur les côtes d'Angleterre en automne; le pan haring, hareng frais qu'on pêche dans le Zuiderzee, et qui sert de nourriture aux classes pauvres.

Cette dernière catégorie est la plus intéressante, car elle est la grande ressource des pêcheurs de Volendam, des autres ports du littoral, des habitants des îles d'Urk et de Marken.

Le port de Flessingue s'occupa le premier de la pêche au hareng dans les vieux temps passés, aux environs du XIIe siècle. En 1380, un homme de la Zélande, nommé Guillaume Benkelozoon, inventa l'art de préparer et de conserver le hareng dans le sel, donnant ainsi une impulsion considérable à l'industrie locale; cette découverte fut le point de départ du développement de la richesse publique, et permit à la nation batave de payer les énormes impôts nécessités par l'entretien des travaux instaurés contre la mer.

À Hoorn, en 1416, enfin, se fabriqua le premier grand filet, dont l'utilité s'ajouta à celle des salaisons pour développer à l'infini le rendement des flots.