Ces filets, véritables éperviers marins, font songer malgré soi aux milliards de poissons dévorés depuis cinq siècles par les nations voisines, et l'on comprend comment la Hollande, malgré la pauvreté de son sol, a pu devenir un pays riche, solide et serein.

L'emballement pour la pêche au hareng subit alors une progression démesurée. Des historiens en pleurent d'aise et donnent des statistiques merveilleuses, d'après lesquelles il résulterait que la population entière s'occupa de prendre, saler et vendre du hareng.... Des édits intitulaient cette manne le Pérou de la République Batave.... Des primes d'encouragement enfin, fort élevées, étaient données à la Confrérie des Pêcheurs de Hareng, au détriment des autres branches de la pêche. Nul autre que le Hollandais de naissance ne pouvait s'occuper du travail du caquage.... Bref, des règlements minutieux protégeaient de toutes façons cette trop intéressante industrie.

Le hareng néerlandais défia ainsi pendant longtemps les concurrences étrangères, et fit plus pour la grandeur du pays que les meilleurs canons.

Vinrent les guerres de l'Empire. La Grande-Bretagne, toujours à l'affût des bons débouchés commerciaux, proclama la liberté des pêcheries, détruisit le système des primes et porta ainsi, en vendant le hareng moins cher, un coup funeste aux buizen de Hollande.

Immobilisés dans leur opulence, ceux-ci n'eurent point l'esprit de suivre le mouvement, et virent peu à peu s'éteindre leurs débouchés. Les affaires baissèrent même si bien, que le Gouvernement dut à son tour abolir les primes.

Aujourd'hui la pêche au hareng n'a plus d'importance nationale, et si elle est encore pour le pêcheur une source honnête de revenus, elle ne fait plus le sujet des préoccupations générales.

Le vrai pêcheur de hareng passe à terre le moins de temps possible. La mer pour lui est tout, sa fiancée, son épouse, son berceau. Muni de sa bible et de sa pipe, il irait au bout du monde, et découvrirait des terres nouvelles, s'il en existait encore de nouvelles. On parle avec orgueil, à Volendam, d'un patron, Hans Ouderke, à qui on avait dit un jour dans une salle de billard: «Il faut que tu ailles aux Indes». Le brave homme équipa son dogger les jours suivants et y alla.... Une autre fois, il trouva la route de Californie, sans autre indication que sa boussole.

Quand le pêcheur ne rentre pas au logis, on le considère comme perdu, et sa femme peut, après trois années révolues, convoler en nouvelles noces. Autrefois, la loi ordonnait un intervalle de dix années; comme les mœurs en souffraient, on adoucit la convention.

Le fils du pêcheur devient pêcheur. Dès l'âge de quinze ans, il connaît à fond le métier de tirer des bordées, de hisser la voile et d'agiter le gouvernail.