Les habitants de Marken ne se marient qu'entre eux. On raconte qu'autrefois, manquant de femmes, ils armèrent leurs bateaux et firent une razzia de filles du côté de Edam; mais l'histoire ne peut être affirmée.
On se marie d'habitude entre vingt-quatre et vingt-huit ans, en accordant surtout les âges et les inclinations.
IL Y A DES COUPLES D'ENFANTS RAVISSANTS, D'UN TYPE EXPRESSIF.... (page [434]).
Les filles, en général, sont lourdes et vulgaires; mais on trouve des adolescentes d'un type expressif qui font oublier les autres par leur grâce demi-sauvage. Elles ne sont point timides et rient volontiers.
Dans mes promenades, je fus plus d'une fois entouré de leurs personnes bigarrées; elles m'acculaient à quelque paroi, me frôlaient de leurs boucles en étendant les bras pour me retenir, et me murmuraient des questions sans doute saugrenues, car elles montraient leurs dents, pleines de ravissement. Je leur répondais en anglais, en allemand, en arabe, et je pinçais leurs coudes. Ayant pris une fois le menton d'une jolie fille, deux autres étonnées crièrent et ameutèrent des mères de famille. Je l'embrassai rapidement, par surprise. Jamais je n'ai entendu pareils glapissements. Elles m'entouraient, brandissaient leurs bras nus, les mèches au vent, la jupe gonflée, et prenaient sans doute le ciel à témoin de ma témérité. L'embrassée, surtout, roulait des pupilles fulgurantes: elle devait demander au Seigneur un châtiment exemplaire, un éclat de foudre peut-être, ou un enlizement.
Je montai en conséquence sur un baril et je les haranguai:
—Femmes de Marken, criai-je, je suis venu céans vous demander l'hospitalité. Ma qualité d'étranger me donne donc le droit de goûter à vos fruits et surtout aux pêches de vos joues.... Je réclame le silence et vous promets de vous faire des cadeaux.... Zim boum boum!
—Zim boum boum, répétèrent les jeunesses enthousiasmées, sans comprendre un seul mot.