Comme elles m'empêchaient toujours de passer, je crus comprendre qu'elles attendaient le Droit de Passage. Je brandis mon détective, à la façon d'un tomahaw, je poussai un cri et je sautai sur la digue. Là, je braquai l'instrument et la foule se sauva comme harengs poursuivis par les buizen, laissant mes trois jeunes personnes à ma volonté, figées en des poses raides.
LES FEMMES DE VOLENDAM SONT MOINS CLAQUEMURÉES EN LEUR LOGIS... (page [434]).
—Je vois, jeunes filles, continuai-je (quel délice de pouvoir parler sans se faire comprendre!!!), que mes offres généreuses ont été reçues avec honneur. Tournez donc l'œil vers moi, et me baillez des sourires.
Quand j'eus remué des stuivers en ma poche, elles dressèrent l'oreille, et m'accompagnèrent au soleil où je fixai pour l'avenir leurs traits singuliers. Après quoi, je mis une poignée de cents dans leurs mains, et elles s'éclipsèrent enchantées.
Les petites filles sont parfois charmantes. Lorsqu'elles vont à l'école avec les garçons, déroulant leur théorie multicolore sur le vert des polders, bras dessus, bras dessous, on se sent rempli de plaisir, ainsi que devant un tableau plein de fraîches couleurs et de visages gracieux. Certaines, au lieu de jupes, portent les larges culottes de leurs frères, ce qui leur donne une allure baroque.
Les jours de noces, de fiançailles ou de kermesse, c'est une débauche de couleurs dont rien n'approche. Toute la gamme des boîtes d'aquarelle s'épanouit sur les robes, les bonnets brodés, et l'on cligne des yeux sans savoir où les reposer.
Mais ces jours sont l'exception. D'habitude, l'île est assez morne, et la vie s'y écoule en de menus travaux, toujours pareils.
Les hommes pêchent ou bien halent des bachots remplis de provisions ou de tourbe, réparent des filets, repeignent leurs murs; les femmes nettoient les logis, lavent le linge, promènent leurs marmots, aident au déchargement des bateaux.