On attaque ensuite la tourbe avec des bêches spéciales; on la coupe par mottes qu'on met à sécher comme des briques, les unes sur les autres, en les tournant selon le vent.

Il n'est pas rare de trouver au fond des tourbières des arbres fort bien conservés, restes d'anciennes forêts, détruites par les inondations ou les raz de marée. On les emploie suivant leur valeur, le plus souvent à des besoins de chauffage ou de fondations.

Les couches de terre qui servaient de couverture à la tourbe sont ramenées, hersées, et deviennent la base de la terre labourable sur laquelle on sèmera des pommes de terre ou du blé.

Ceci se passe dans les tourbières hautes. Dans les tourbières basses, on va plus vite et l'on ne se donne point la peine de drainer l'eau. On attaque directement le sol. Une fois l'herbe et l'argile enlevées, c'est-à-dire après avoir relevé deux à trois pieds d'épaisseur de terre arable, on met à nu la couche de tourbe saturée d'eau, sorte de bouillie grasse. Les ouvriers, munis de grosses bottes, enlèvent alors le futur combustible, à vue de nez, sans voir ce qu'ils font, grâce à l'habitude. Ils piquent les glèbes et les jettent dans des barques grossières. La tourbe est alors d'une couleur brune, mêlée de racines et de branches pourries. Déchargée dans des auges de bois, elle est mêlée et travaillée, écrasée au moyen de pilons, débarrassée des pierres et racines, triturée comme pâte de farine et jetée en meule sur un lit de roseaux. Quand elle commence à sécher, on la divise par mottes, et on la met en pyramides.

UN COMMENCEMENT D'IDYLLE À MARKEN.

Trois mois sont nécessaires environ pour la dessiccation complète. La tourbe est alors chargée sur des chalands et conduite aux marchés divers où elle trouve acquéreurs.

La qualité des tourbes varie singulièrement. Il y en a de plus ou moins riches en matières ligneuses, de poreuses et de compactes, de lourdes et de légères. Les ménagères reconnaissent rapidement à la couleur et à la forme les propriétés de ce combustible. Il y a une variété pour la cuisine, une autre pour les foyers, une troisième pour les fabriques. En général, on préfère le produit des tourbières basses à celui des tourbières hautes. Les boulangers cuisent leur pain avec des glèbes peu denses qui prennent aisément feu. La tourbe sert encore à alimenter des fours à chaux, des brasseries, des tuileries, etc.

Comparée à la houille, la tourbe perd moitié en tant que matière calorifique; mais, toutes proportions gardées, elle coûte moins cher.